Notes du passé: L’urbanisation par la spécialisation des quartiers

Publié le par Alain GYRE

L’urbanisation par la spécialisation des quartiers

23.12.2016 Notes du passé

 

Les problèmes que pose la croissance d’Antananarivo, n’échappent pas aux gouverneurs généraux français, à commencer par Gallieni. Mais ce n’est qu’à la fin de 1918 qu’est créée une commission d’urbanisme et que l’architecte de la Colonie, Géo Cassaigne, est chargé de présenter un plan d’ensemble pour l’aménagement et l’assainissement de la capitale.

Mais il faut encore attendre une dizaine d’années pour que soit élaborée la législation qui doit permettre notamment l’expropriation pour cause d’utilité publique et le contrôle sanitaire (1926-1928). Sa mise en œuvre, d’abord laissée à la charge des budgets locaux, peut bénéficier pendant la crise économique du grand emprunt colonial voté par le Parlement français en 1930.

L’une des idées maîtresses qui inspirent le plan est la spécialisation des quartiers restée à l’état d’ébauche. Le groupement des services administratifs, jus­qu’alors installés dans d’anciens bâtiments devenus très insuffisants, se poursuit rapidement à Antaninarenina où l’on construit le nouvel Hôtel des Postes. La place Colbert (actuelle place de l’Indépendance) et ses abords retiennent de nombreux magasins, des grands hôtels, des banques.

Mais le centre du commerce reste dans le sud d’Analakely, autour du Zoma qui subit une nouvelle métamorphose. Le projet d’un grand bâtiment métallique, à l’instar des halles de Paris, est ici écarté. Les boutiques disparates sont remplacées par des pavillons à auvent, contigus et semblables, alignés le long de ruelles cimentées et spécialisées, et l’eau abondante est fournie.

Au nord du Zoma, l’avenue Fallières (actuelle avenue de l’Indépendance) élargie se bâtit enfin dans un style moderne et imposé à tous : lignes simples, terrasses étagées, pergolas fleuries, arcades-promenoirs et fenêtres doubles formant bow-window. Les plus grands bâtiments accueillent les services municipaux descendus d’Andohalo. Dans les autres, s’installent des magasins de luxe, des bureaux d’entreprises privées.

Parallèlement, s’élèvent un peu partout des immeubles de rapport ainsi que des cités-jardins à Antanimena, autour de Mahamasina, le long des rues, améliorées à grands frais de terrassements qui serpentent aux flancs du rocher et conduisent vers les hauts quartiers et vers les vallons de l’est.

« L’accroissement de la circulation réclame des soins constants et une adaptation difficile » (chroniqueur anonyme dans les années 1950). En effet, les automobilistes se multiplient. Les rues de la capitale accueillent chaque jour de nombreux véhicules de passage : dans la seule région d’Antananarivo, 9 000 autos environ sont immatriculées en 1948. Les services publics d’autobus urbains transportent chaque mois 120 000 voyageurs.

« C’est dire à quel lourd et patient travail de voirie les ingénieurs français ont dû s’attacher dans une ville au site tant accidenté et où, pendant longtemps, la réglementation n’avait donné aux pouvoirs publics qu’une arme très insuffisante. »  Il faut élargir beaucoup de carrefours qui n’offrent qu’un espace trop étroit aux voies affluentes, supprimer d’innombrables saillies dangereuses : arbres, poteaux, balcons et terrasses, immeubles entiers non alignés. Après le tunnel d’Analakely (Garbit), un autre est percé et mis en service en 1938 sous le col d’Ambohi­jatovo (tunnel d’Ambanidia) pour donner un accès facile aux quartiers de l’est.

Mais en dépit des progrès accomplis, les voies carrossables ne forment encore en 1950 qu’un « réseau aux mailles trop larges ». Trop nombreux sont ceux qui vivent à l’intérieur des blocs délimités par les voies publiques. « La superficie de l’agglomération est loin d’avoir augmenté aussi vite que la population. »

Néanmoins, des faubourgs tentaculaires s’allongent suivant les grandes routes: à l’ouest sur celle de Miarinarivo et de l’Abattoir d’Anosipatrana; au-delà d’Antani­mena, sur celle de Mahajanga; au nord, sur celle d’Ambohimanga; et sur la digue de Besarety qui franchit le marais de l’est, en direction de Toamasina. En même temps, la population s’entasse dans les quartiers déjà habités à la fin du XIXe siècle. Beaucoup de familles malgaches, nobles et roturières, lotissent pour mettre en vente leurs domaines ou construisent des immeubles pour vivre des bénéfices de la location.

Les anciens hameaux nichés au-dessous du Rova, dans les « hady » (ravins) tendent à se rejoindre en utilisant le moindre replat naturel ou artificiel. Les maisons se multiplient aussi sur les versants orientaux de la croupe de Faravohitra. Mais c’est autour des bas-fonds d’Analakely et de la gare que les constructions prolifèrent le plus rapidement. La densité à l’hectare dépasse dans Isotry, Isoraka, Ambondrona, 200 et même 300 habitants.

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