Notes du passé: Dur, dur de tenir un crayon
Dur, dur de tenir un crayon
14.03.2017 Notes du passé

J’ai honte d’apposer mon empreinte digitale à la place de ma signature chaque fois que M. le maire ou M. le chef de canton me demande de signer un document officiel… »
« Quand je vais au temple, je ne peux pas lire comme les autres fidèles ni le recueil des cantiques, ni la Bible… »
« J’ai des enfants et je ne veux pas être en retard sur eux pour qu’ils disent de moi: Papa, tu ne comprends rien! »
« Je suis agriculteur, mais je ne sais ni lire ni écrire. Je désire beaucoup connaître ce qui est écrit dans ces petites brochures que nous donne le contremaitre. Je les feuillette souvent sans pouvoir percer le sens de ces points noirs que les gens appellent des mots…»
Ce sont quelques-uns des motifs qui poussent les villageois à demander, au début de l’Indépendance, qu’un centre d’alphabétisation soit créé au niveau communal. Pour prouver leur bonne volonté, ils mettent à la disposition de l’équipe villageoise d’alphabétisation, un local permanent dans l’école publique s’il y en a; équipe formée des lettrés du village qui participent bénévolement à la campagne.
L’implantation d’un centre obéit à plusieurs conditions. Tout d’abord, l’instructeur provincial de l’alphabétisation, les moniteurs, les autorités locales, les élus, les animateurs, chacun en ce qui le concerne, réunissent les habitants voire font du porte-à-porte pour expliquer la nécessité de lutter contre l’analphabétisme. « Il s’agit surtout dans ce premier stade de secouer l’inertie, de vaincre les hésitations, bref il s’agit d’amener les gens à adhérer librement à l’action. »
Quand la population décide après mûres réflexions de créer un centre d’alphabétisation, on en informe l’instructeur provincial par l’intermédiaire du maire. L’instructeur ou un moniteur vient au village pour constater la constitution de l’équipe villageoise et interroger les villageois sur leurs motivations, avant de donner aux membres de l’équipe une formation très pratique sur la méthode d’alphabétisation.
Les paysans choisissent alors les jours et les heures qui leur conviennent pour les cours d’alphabétisation. La plupart du temps, ils optent pour les jours « fady » – par exemple le mardi et le jeudi sur la côte Est- pendant lesquels ils ne travaillent pas dans les champs.
Malgré leur bonne volonté, les élèves- des adultes de plus de 15 ans- éprouvent d’énormes difficultés pour retenir la lecture et l’orthographe des mots qu’ils apprennent. En outre, n’ayant jamais tenu un crayon ou un stylo, leurs gestes sont très maladroits. Ils ont besoin de beaucoup d’exercices d’écriture pour assoupir leurs doigts. Cependant, grâce à leur persévérance et leur soif d’apprendre, les difficultés sont peu à peu surmontées.
D’autres problèmes sont également constatés, tels l’irrégularité aux cours qui tient en général à des raisons d’ordre économique et social. Ce qui entraîne parfois le manque d’homogénéité du groupe dans certains centres. Pour y remédier, l’équipe villageoise est obligée de constituer deux ou trois niveaux selon le cas.
Néanmoins, le retard en lecture est plus facile à rattraper. Suivant le programme adopté à l’époque, la même leçon est reprise deux fois de suite. « Il s’agit évidemment de réviser et d’augmenter les difficultés des exercices d’application et de contrôle. » Ainsi on dicte, par exemple, des mots nouveaux construits à partir des éléments déjà connus. Si les circonstances l’exigent, on n’hésite pas à revenir en arrière avant de passer à une nouvelle leçon.
« L’alphabétisation est un moyen, un instrument de progrès. Celui qui sait lire et écrire pourra, s’il le veut, transformer sa vie en développant ses connaissances et en améliorant ses méthodes de travail. Un peuple qui veut aller toujours de l’avant, devra travailler à envelopper les obstacles qui surgissent sur sa route vers le progrès, s’instruire et vivre au rythme de l’évolution culturelle, technique, économique, sociale du monde actuel sans pour autant renier la sagesse des Ancêtres » (Commissariat général à l’animation rurale et au service civique).
Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles
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