Un camp militaire à position très stratégique

Publié le par Alain GYRE

Un camp militaire à position très stratégique

30.12.2017 Notes du passé

La première visite de Ranavalona Ire dans la région de Tsinjoarivo, la conduit au sommet d’Andrangalisa ou Vohitrarivo, une colline à environ 1 200 mètres d’altitude. Le seigneur Ramanjaka y réside, donc son vassal puisqu’à l’époque, l’actuel Vakinankaratra fait déjà partie du royaume de l’Imerina.

La reine envisage d’y installer son Rova de villégiature puisque les infrastructures nécessaires existent déjà, qu’il suffit d’aménager. Comme tout village fortifié des Hauts-Plateaux, on y accède par un grand fossé qui fait le tour du village et qui donne sur un tunnel aboutissant à la porte de pierre de l’entrée et sur la sortie du village. En outre comme dans toute la région, la colline est recouverte d’une forêt primaire qui constitue également une protection naturelle.

Néanmoins, Ranavalona décide de s’établir à Tsinjoarivo pour éviter la traversée de l’Onive, très risquée en saison des pluies. Mais comme la colline a vue sur toute la région orientale, elle y installe un camp de Voromahery, soldats-colons.

Plus tard, au début de la période coloniale, le général Joseph Simon Gallieni maintient encore le camp militaire du fait de la position stratégique de Vohitrarivo dans sa politique de pacification. Les soldats peuvent faire des incursions dans la forêt toute proche où se cachent les nationalistes Menalamba.

À l’époque, d’après une centenaire qui, malgré ses pertes de mémoire, a des résurgences de son passé, les Vazaha (Blancs) se font annoncés par des coups de fusil avant d’entrer dans le camp par mesure de précaution.

Malheureusement en 2001, profitant des troubles politiques qui perturbent la vie nationale, un incendie « criminel » est allumé dans la forêt de Vohitrarivo, détruisant l’emplacement du camp militaire dont il ne reste plus qu’un foyer à trépied et trois tombeaux, mais nul ne sait qui y sont enfouis. Du fait de l’existence de ces derniers, il est interdit d’y amener de la viande de mouton et de porc ainsi que de l’ail.

Aujourd’hui, une pierre levée est installée au milieu des trois tombeaux, sur laquelle les paysans de cette zone continuent de sacrifier un zébu. Pour ce faire, ils se cotisent car ce sacrifice annuel est fait pour demander à Zanahary et aux Ancêtres la protection des cultures contre la grêle.

Le rite se déroule soit le premier jour du mois d’Alahamady, jour faste, soit le premier jour du mois d’Alakaosy, jour difficile. Les animaux sacrifiés ont une teinte rouge (couleur royale) pour Alahamady, handicapés des pattes pour Alakaosy.

Le choix du premier jour d’Alakaosy s’explique par le fait qu’étant un jour « dur » dans un mois « dur », il peut vaincre la force de cette catastrophe naturelle qu’est la tombée des grêles. Et pour respecter la coutume, après le rituel les villageois envoient la culotte du boeuf sacrifié (vodihena) aux gardiens du Rova, actuels locataires de l’ancienne résidence royale.

Tout près des tombeaux, se trouvent également trois arbres « intouchables ». Selon les villageois, l’un d’eux notamment « saigne » quand on « blesse » son tronc. Cela vient sans doute de la couleur de la sève qui en coule.

 

Texte : Pela Ravalitera - Photo : Archives personnelles

http://www.lexpressmada.com/blog/notes-du-passe/un-camp-militaire-a-position-tres-strategique/

 

Publié dans Histoire, Notes du passé

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