La bande de la citadelle d’Ambohitsy résiste

Publié le par Alain GYRE

La bande de la citadelle d’Ambohitsy résiste

20.01.2018 Notes du passé

Fin décembre 1915, à Antananarivo et Fianarantsoa la « bombe » de la société secrète Vy-Vato-Sakelika (Fer-Pierre-Ramification) explose.

« On voit aussitôt un rapport entre les bandes qui s’organisent dans le Sud et l’action de la société secrète. On craint même que les unes et l’autre ne soient en rapport avec l’Allemagne et les mouvements subversifs qui éclatent alors en Indochine.» Alors que, contrairement aux militaires, les autorités civiles de Taolagnaro minimisent la situation dans le Sud malgache pourtant fin 1915, le bruit court qu’un soulèvement général y aurait lieu le 1er janvier 1916. Des prisonniers VVS interrogés déclarent que des consignes auraient été données aux membres de l’organisation pour que les soldats malgaches ou la Garde indigène ne tirent pas sur les insurgés du Sud (lire notre précédente Note).

Ce que confirme le sous-lieutenant Laffiteau, chef de poste de Beloha, qui fait savoir par télégramme qu’à l’occasion d’une patrouille, les 4 et 5 janvier, il poursuit la bande d’Ambohitsy « avec quinze tirailleurs et douze partisans armés ». Il se heurte à une force de plus de cent cinquante hommes et tente de parlementer. « L’un des chefs, un évadé des prisons françaises avait répondu: Nous préférons être tués. Nous ne nous rendrons pas aux Vazaha. Et l’on avait riposté par plusieurs coups de fusils. » Devant l’importance numérique, Laffiteau se replie. « Il concluait dans son rapport que le poste d’Ampotoka était à la merci d’un coup de main » (Maurice Gontard, 1968).

Pourtant le chef de la province de Taolagnaro, Delpit, n’est pas encore convaincu. Au contraire, il condamne « l’attitude agressive du lieutenant » et écrit au gouverneur général Hubert Garbit: « Cette reconnaissance militaire a été effectuée sans autorisation préalable… J’appelle votre haute attention sur ce que des opérations semblables ne produisent aucun résultat, mais sont de nature à jeter le trouble parmi la population indigène de cette région. » Considérant l’attitude de Laffiteau comme « un acte intolérable d’indiscipline », il demande sa mutation.

Cependant à Antananarivo, on pense autrement. C’est lui que le gouverneur général critique, approuvant entièrement l’initiative du lieutenant qui « a répondu aux circonstances ». Et bien loin de relever ce dernier de ses fonctions, il mute en revanche Delpit. Celui-ci ne pouvant effectuer des tournées suffisantes dans cette vaste circonscription en raison de son état de santé, est envoyé dans le Vakinankaratra et remplacé par Béréni à qui le gouverneur général prescrit d’agir « très énergiquement ». En même temps, le poste des tirailleurs de Beloha est porté de cinquante à quatre vingt hommes, Tsihombe reçoit un renfort de cinquante tirailleurs sénégalais et des « sondages minutieux dans les sous-sols ou autres emplacements des maisons allemandes Toepser et Megger à Taolagnaro, sont effectués afin de rechercher soit des armes, soit la preuve d’une éventuelle complicité avec l’Allemagne ».

Les opérations dans le Sud commencent alors sous la direction d’Eloy qui arrive le 28 janvier à Tsihombe avec cinquante gardes indigènes. Il est rejoint par vingt gardes de Toliara, fortifie sa troupe avec seize partisans locaux et s’enfonce vers le Nord-Est, en direction du repaire de la bande, la citadelle d’Ambohitsy. Les 7 et 8 février, il « prend contact avec les villages complices », trouve  « tout un matériel de forgeron, des pièces pour fusils à pierre, des modèles divers de sagaies, des balles rondes en plomb, des pieds de marmites coupés en balles;procède à une cinquantaine d’arrestations ». Avant l’assaut, le 9 février, il est rejoint par l’administrateur Béréni en personne et le sous-lieutenant Laffiteau accompagné de vingt cinq tirailleurs.

La citadelle n’est accessible que par le nord. Le 10 janvier au matin, avec quarante cinq gardes et dix partisans, Eloy donne l’assaut de ce côté et est accueilli par une vive fusillade.

« Ceux non armés de fusils nous lancent des pierres au moyen de frondes. Ils crient et ne cessent de nous insulter et de sonner de la trompe. Des fers de sagaie sont alignés au-dessus des rochers et de, temps en temps, des sadiavahe (mot mahafaly signifiant brigand, précise Maurice Gontard) nous font voir au bout de ces fers des chapeaux recouverts d’étoffe rouge. À 10h35, nous étions maîtres du repaire après trois heures de gros efforts et un engagement des plus vifs, lequel nous coûte un garde indigène et un partisan tués, deux gardes blessés. »

Eloy estime qu’il y a environ trois cents personnes dans le repaire où il récupère toutes sortes de denrées. Dans les jours suivants, des patrouilles fouillent la contrée. Un rapport adressé fin avril au ministère français chiffre à 1 512 bœufs et 285 moutons le bétail qui est repris. À cela s’ajoutent huit fusils à pierre, quatorze sagaies et des munitions. Dans ces opérations, six rebelles sont tués.

 

Texte : Pela Ravalitera - Photo : Archives personnelles

http://www.lexpressmada.com/blog/notes-du-passe/la-bande-de-la-citadelle-dambohitsy-resiste/

 

Publié dans Histoire, Notes du passé

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