Andrianampoinimerina, le premier « écolo » malgache

Publié le par Alain GYRE

Andrianampoinimerina, le premier « écolo » malgache

31mars 2018

« Hum ! Que ça sent bon ! Que meure comme cet arbre celui qui l’abattrait ! » Quand l’expédition merina en pays sihanaka aboutit à son avantage, Andrianampoinimerina reçoit des fruits des habitants d’Amboromahery près d’Ambohijanahary. Fruits appelés « voakandrina » qu’il a goûtés pour la première fois et qu’il savoura avec délectation. Cependant, son ordre ne porte plus uniquement sur cet arbre fruitier, mais sur toutes les forêts qui séparent l’Imerina de l’Antsihanaka.

« Préservez toutes ces forêts. Ne coupez pas les arbres, sinon je vous condamne à la peine capitale. » Il parle des forêts d’Amborivory, d’Amborovorofony et d’Aminambatry car les « voakandrina » se développent à leurs lisières. Et pour que cette loi soit bien respectée, Andrianampoinimerina charge de leur protection les Loholona qui doivent, en outre, lui apporter des fruits quand ils arrivent à maturité.

Radma 1er maintient cette loi paternelle. Mais sous son règne Ranavalona 1re l’abolit « pour que ses habitants puissent couper les arbres pour usage domestique, car si les femmes et les enfants pénètrent trop profondément dans la forêt, ils risquent de se perdre. » cet édit du grand monarque applicable dans tout le royaume, touche en fait tout eforme de destruction  de la forêt et non  le seul abbatage des arbres. En effet, en allant un jour plus au nord, Andrianampoinimerina remarque des personnes qui se préparent à pratiquer le défrichement par le feu. Il les apostrophe « Ecoutez-moi, ô peuple. Quiconque brûle la forêt sera condamné ! La forêt est un grand patrimoine que l’on ne peut partager et qui fait vivre les orphelins, les enfants, les femmes, bref tous mes sujets. Ses arbres assurent la construction de nos maisons, nous fournissent nos bois de chauffe et de cuisson… »

 Toujours sous Andrianampoinimerina, la protection de l’environnement ne se limitepas à la conservation de la nature. Il est également très strict en ce qui concerne l’assainissement des localités et des villages. Surtout Ambohimanga. « Ambohimanga est la demeure des Douze rois », aime-t-il à répéter pour expliquer qu’il y a des règles et des « fady » à respecter. Très à cheval sur la propreté, il exige que les ruelles du village, les places et autres terre-pleins soient nettoyés et que chaque habitant balaie sa maison et sa cour. Ce balayage doit se faire quotidiennement sous la surveillance des Antily – le roi lui-même le contrôle tous les trois jours ! ». et périodiquement les villageois doivent aussi débroussailler, déraciner toutes les plantes comestibles ou non qui tendent à y pousser parce que toute forme de culture est interdite à l’intérieur du village. « Je ne veux pas d’herbes folles, j’aime que ce soit net. » Et surtout, il oblige chaque maison « à creuser des trous où jeter les saletés ».  Et quand ils sont pleins,on les bouche et on en creuse d’autres…

Pour Andrianampoinimerina, Ambohimangadoit devenir un grand site vert par sa forêt et bleu par ses lacs auxquels les oiseaux ne résistent pas.

« Ceux qui détruisent la forêt, ceux qui salissent mon village, seront punis par Dieu. D’où qu’ils viennent, car dans tout l’île, personne ne peut dire qu’il n’est pas le fils d’Ambohimanga. »  A cette loi sur l’hygiène et la propreté s’ajoutent les tabous à ne pas transgresser puisque ce sont les « fady »des fétiches royaux. Entre autres, il est interdit d’y construire des maisons de terre battue, d’y faire entrer le « horondrano » (sorte de plante longue et lisse dont on fait des balais), le glaïeul commun (tenina), l’ « harongana » (arbre dont on fait des remèdes), les enfants, les hérissons, ainsi que se servir de roseaux comme bois de chauffe, de manger des rognons de bœufs et de l’ail, d’utiliser du jonc…

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Agence nationale Taratra

https://www.lexpressmada.com/31/03/2018/andrianampoinimerina-le-premier-ecolo-malgache/

Publié dans Histoire, Notes du passé

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