Conte: Ikotofetsy et Imahaka les deux farceurs Imahaka fils d'Andriambahoaka 6 - Jeanne de Longchamps
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Ikotofetsy et Imahaka
les deux farceurs
Imahaka fils d'Andriambahoaka
6
Les deux camarades, un jour s’en allaient ensemble, Imahaka parlait ainsi :
- Là-bas, vers l’Est, il y a un Andriambahoaka qui vient de mourir. Il faut que nous nous arrangions pour avoir le quart de ses biens.
- C’est cela, répondit Ikotofetsy.
Ils arrivèrent dans le village et virent que le mort avait été enseveli dans le tombeau. Lorsque la nuit fut venue, les deux compères se rendirent au tombeau, portant une bêche et un levier.
Ils l’ouvrirent et se disent :
- Lequel de nous sera enseveli là-dedans ?
- Toi, répond Imahaka.
Et voici de quoi ils conviennent.
- Ecoute-moi bien, dit Imahaka, et reconnais ma voix. Je te ferai appeler trois fois par les enfants de ce Prince du Peuple. Quand ils auront appelé trois fois, ce sera moi qui te parlerai.
- Bien, répondit Ikotofetsy.
Imahaka enferme Ikotofetsy dans le tombeau.
Imahaka se remet en route. En approchant du village, il se met à pleurer en disant :
- A qui laisseras-tu ton pauvre fils, ô mon père ?
Les habitants du village se disent entre eux :
- Quel est cet homme, et quel grand chagrin a-t-il pour pleurer ainsi ?
Imahaka entre dans la maison d’Andriambahoaka.
On lui dit :
- Avancez-vous, Monsieur.
Il s’assied sur la natte, verse des larmes et s’écrie :
- A qui laisseras-tu ton pauvre fils, ô mon père, toi qui es mort maintenant ?
Les gens qui étaient dans la case, ainsi que les enfants d’Andriambahoaka furent surpris.
Ils disent :
- Ne dirait-on pas que tu veux te faire passer pour un enfant d’Andriambahoaka ?
Il répond, Imahaka :
- Je suis le fils qu’il a eu avec une autre femme, et c’est pour cette raison que vous ne me connaissez pas.
- Allons donc convoquer le conseil du village, disent les enfants d’Andriambahoaka. Nous verrons ainsi si quelqu’un connait ta mère, celle qui aurait été l’épouse d’Andriambahoaka.
- Allons-y, répond Imahaka.
Les gens du village répondirent tous :
- Nous ne connaissons pas du tout cet homme.
- Puisque vous ne me connaissez pas, dit Imahaka, allons au tombeau de mon père, car il me connaît, lui, et vous verrez si je suis son fils ou si je suis un menteur.
- Allons, disent les gens, et si le mort parle, cela prouvera que tu dis la vérité.
Lorsqu’ils furent arrivés au tombeau Imahaka dit :
- Interrogez-le.
Les enfants du Seigneur élevèrent la voix :
- Père, toi qui es dans le tombeau, écoute-nous. Est-il ton enfant, cet homme qui est là, ou est-ce un menteur ?
Mais rien ne répondit à leur appel. Imahaka les pressa et dit :
- Appelez-le encore de peur qu’il n’ait pas entendu.
Les enfants d’Andriambahoaka appelèrent par trois fois à haute voix, mais personne ne répondit dans le tombeau.
- Que celui qui se dit son fils appelle maintenant, puisqu’il prétend que son père le connaît.
Alors Imahaka éleva la voix.
- Ô mon père qui es dans ce tombeau, n’est-ce pas que je suis ton fils, moi, né d’une autre femme dans un pays lointain ?
Alors une voix répondit dans le tombeau :
- Tu es vraiment mon fils, toi.
- Voilà sa réponse, dit Imahaka.
- Appelle-le de nouveau, dirent les gens, car il semble bien qu’on ait entendu sa voix.
- Ô mon père, répéta Imahaka, toi, qui es là dans le tombeau, ne suis-je pas ton fils né d’une autre mère dans un pays lointain ?
De nouveau dans le tombeau une voix nasillarde répondit :
- Tu es bien mon fils, toi.
- Que dites-vous de cela ? Suis-jeun menteur, demanda Imahaka.
Les gens s’avouèrent vaincus.
- C’est vrai, vous êtes véritablement son fils puisqu’il l’a déclaré. Allez donc partager ses biens, et prenez la part qui vous revient.
Et, à l’heure où l’on ne distingue plus la couleur des bœufs, Imahaka fit sortir Ikotofetsy du tombeau et les deux hommes se partagèrent les biens qu’ils avaient récoltés.
E ! E ! E ! Les petits mensonges sont comme un salaka (1) trop court.
Les grands mensonges sont un beau lamba flottant. E ! E ! E !
Note :
- Salaka, sorte de pagne qui passe entre les jambes.
Cycle de contes particulièrement répandu dans l’Imerina
Jeanne de Longchamps
Contes Malgaches
Editions Erasme Paris