Conte: Itoérambolafotsy La jeune fille qui attend un époux - Jeanne de Longchamps

Publié le par Alain GYRE

Itoérambolafotsy

La jeune fille qui attend un époux

            Andriambahoaka du centre des terres avait une fille qu’il aimait beaucoup et il lui avait donné le nom d’Itoérambolafotsy. Il n’y avait rien qu’elle ne désirait qu’il ne lui donnât.

            Lorsque cette fille fut grande, et comme il se sentait sur le point de mourir, il la recommanda à ses trois femmes.

- Venez ici toutes les trois. Voici Itoérambolafotsy, je vous la laisse. Si elle a faim, donnez-lui à manger. Si elle a soif, donnez-lui à boire. Conseillez-la si elle manque de sagesse. Ghrondez-la si elle est méchante, mais ne la réduisez pas en esclavage. N’en faites pas une prpheline, mais traitez-la comme votre enfant. Cependant si vous l’aimez et qu’elle ne vous aime pas , si elle fait comme le caïman couvé par un oiseau, lorsqu’il est éclos il mord celui qui s’est engourdi sur lui, si elle fait comme le taureau embourbé dans les rizières qui se dresse pour donner des coups de cornes , si elle fait ainsi, ne l’aimez pas, ne la regardez pas. Faites comme le petit de l’alouette au bord du chemin. Les hommes ne l’abandonnent pas, mais sa mère se détourne de lui. Voici ce que je vous dis, ô femmes.

            Itoérambolafotsy resta avec les trois femmes qui l’élevèrent bien. Cependant elle s’ennuyait fort, car l’une passait son temps accroupie, grattant sa tignasse pleine de vermine la seconde pilait le riz du matin jusqu’au soir et la troisième promenait sa bosse en riant sottement.

            Alors elle envoyait souvent ses deux petits esclaves, Ikoto et Ikala, au loin, sur la digue le long des rizières pour chercher à apercevoir le mari qui viendrait la chercher. Mais les enfants revenaient sans l’avoir vu apparaître à l’horizon.

            Enfin un jour Itoérambolafotsy leur parla ainsi :

- Ikala, va au Sud, dis-je

- Ikoto, regarde bien

Car il y a un homme qui marche sur la digue.

            Ils partirent et lorsqu’ils aperçurent l’étranger, ils revinrent en chantant :

- Itoérambolafotsy, nous avons vu deux hommes,

L’un arrive du Nord et s’en vient ici

L’autre qui vient du Sud est encore très loin.

            Itoérambolafotsy était en train de se faire coiffer et ses cheveux étaient plein de graisse de bœuf.

- Hâte-toi de faire mes tresses, dit-elle à son esclave.

            Je te le dis, Ikala

Je te le dis, Ikoto

Si c’est moi qu’ils cherchent

Si c’est moi qu’ils demandent,

Donnez-leur de l’eau dans la citrouille

Donnez-leur de l’eau dans la corne de bœuf.

Le fils du noble Andriambahoaka du Nord arriva le premier et s’arrêta devant la porte de pierre du village.

- Je te demande, Ikala

Je te demande, Ikoto,

Où se trouve, dis-je, Itoérambolafotsy ?

Car le fils du noble Andriambahoaka du Nord vient lui rendre visite.

            Les esclaves répondirent :

- Entrez, Seigneur,

Itoérambolafotsy repose sur son lit.

            Itoérambolafotsy commande, de son lit, qu’on lui serve un excellent repas, et c’était pour mieux connaître ses pensées.

- Découvre, Ikala, les plats cuits.

Prépare, Ikoto, les mets crus.

            Ikala donc s’approche du visiteur et lui offre les mets cuits et Ikoto, les mets crus.

            Le fils du Roi mangea beaucoup.

- Je te le dis, Ikala,

Je te le dis , Ikoto,

Le repas est bon et Ikala est jolie.

            Itoérambolafotsy dit alors :

Ô Ikala… Ô Ikoto…

Que cet homme s’en aille

Car ce n’est pas moi qu’il désire, mais mes richesses.

            Un peu plus tard le fils d’Andriambahoaka du Sud se présenta à la porte du village.

- Entrez, entrez, lui dirent les laves.

            Mais il s’écria aussitôt :

-  Ikala sans doute est folle,

Ikoto peut-êtren’est pas très rusé.

Car ce n’est pas Ikala que je voiudrais voir

Et ce n’est pas Ikoto que je désire rencontrer.

- Entrez, Seigneur, dirent les enfants, Itoérambolafotsy repose sur son lit et nous allons la prévenir.

            Puis les esclaves allèrent trouver Itoérambolafotsy.

- Le Seigneur va s’en retourner si tu ne sors de ton lit pour le recevoir, lui dirent-ils.

            Itoérambolafotsy quitta son lit et vint au devant du Seigneur qu’elle prit par la main pour le faire entrer. Puis elle l’installa au Nord du foyer. Lorsquils furent tous réunis, les esclaves dirent :

- Pourquoi ne pas présenter les mets cuits ?

Pourquoi nepas présenter les mets crus ?

Puisque le Seigneur du Peuple est arrivé.

            Mais le fils du Roi répondit :

- C’est assez, Ikala,

Cesse de t’agiter, Ikoto.

Car ce ne sont pas les mets cuits que je veux.

Ce ne sont pas les mets crus que j’emporterai.

            Et ne fille et lui dit :

- Ne sois pas étonnée, Itoérambolafotsy, car c’est par amour pour toi que je suis ici. Si tu consens à être ma femme, je resterai. Si tu refuses, je retournerai dans mon pays. Mais demande auparavant l’avis de ton peuple.

            Le peuple accepta avec enthousiasme.

 

 

Cycle de contes particulièrement répandu dans l’Imerina

Jeanne de Longchamps

Contes Malgaches

Editions Erasme Paris

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