Conte: kotofetsy et Imahaka les deux farceurs et le gardien de bœufs 4 - Jeanne de Longchamps

Publié le par Alain GYRE

Ikotofetsy et Imahaka
les deux farceurs et le gardien de boeufs
4

Une autre fois, les deux compères marchaient de compagnie, lorsqu’ils aperçurent un vieillard qui gardait ses bœufs.
    Ils se dirent :
- Que pourrions-nous bien inventer pour faire tuer à ce vieillard l’un de ses bœufs ?
    Ikotofetsy eut une idée :
- Il suffira que l’un de nous s’enterre sous un rocher, le rocher que voici.
- Entendu, dit Imahaka.
    Ikotofetsy s’enfonça dans le rocher et Imahaka s’approcha du vieillard.
- Pipiliky… Pipiliky… Si le bœuf n’est pas sacrifié, le vieillard mourra, dit Ikotofetsy en faisant résonner la pierre de ses appels.
    Le vieillard resta muet d’étonnement en entendant cette voix.
    Il dit :
- Que la voix que nous entendons fasse silence.
    Mais la voix reprit :
- Pipiliky… Pipiliky… Si le bœuf n’est pas sacrifié, le vieillard mourra,
    Imahaka s’approcha du vieillard :
- Père, cette voix me chavire le cœur.
- Il faut que j’aille dire cela à ma femme et à mes enfants, de peur que cela ne soit vrai.
    Lorsqu’il fut arrivé à sa case, sa femme lui dit :
- Peut-être pourriez-vous sacrifier un bœuf, mais qui offrira le sacrifice ?
    Le vieillard repartit avec une hache, une corde et un couteau et s’en revint auprès d’Imahaka qu’il chargea de faire le partage du bœuf après le sacrifice.
    Imahaka coupa d’abord la tête du bœuf, la bénit en disant :
- Jolie tête, tête bienfaisante, es-tu pour moi ou pour ce vieillard ?
- Pour moi, dit le vieillard.
    Ensuite il coupa l’épaule et la déprécia en ces termes :
- Mauvaise épaule, épaule de malheur, es-tu pour moi ou pour ce vieillard ?
    Le vieillard n’en voulut pas et dit :
- Prends-là pour toi, mon enfant.
    Imahaka détacha les pieds, en fit l’éloge en disant :
- Pieds d’argent, pieds uniques, êtes-vous pour moi ou pour ce vieillard ?
- Pour moi, dit le vieillard.
    Imahaka détacha la poitrine et la déprécia en ces termes :
- Poitrine dangereuse, poitrine de malheur, es-tu pour moi ou pour ce vieillard ?
    Le vieillard en fut dégoûté et dit :
- qu’en ferais-je ? Prends-là pour toi, mon enfant.
    Imahaka fit ainsi pour tous les morceaux de l’animal. Ce qui était mauvais allait au vieillard et la bonne viande lui restait. Ensuite il rendit confiance au vieillard en lui disant ;
- vieillard, tu es maintenant débarrassé du mauvais sort. Via longtemps.
    Ensuite il alla chercher Ikotofetsy au fond du rocher et lui dit :
- J’ai fait ainsi le partage de la viande, j’ai déprécié la bonne viande et vanté la mauvaise. Ce vieillard m’a béni et j’ai là, dans mon sac, toute la bonne viande.
- Excellente affaire, dit Ikotofetsy, car nous aurons chacun beaucoup à manger. Mais bientôt, peut-être que le respectable raingahy (1) n’aura que des malédictions pour nous.
- Edrey ! Nous avons de la viande. Les bœufs tués pour les morts s’appellent viande mauvaise. Au contraire les bœufs tués pour les vivants s’appellent viande bonne. Cette viande est de celle-ci, camarade, ne crains rien…
                Que dites-vous de l’affaire, vous hommes ?
                Que pensez-vous de ceci, vous les femmes ?
Note :
(1)    raingahy, vieillard respectable.

Cycle de contes particulièrement répandu dans l’Imerina
Jeanne de Longchamps
Contes Malgaches
Editions Erasme Paris
 

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