2013-04-15 Des « aoly » de toutes espèces pour guérir tout mal

Publié le par Alain GYRE

Des « aoly » de toutes espèces pour guérir tout mal

 «Les croyances antankarana se composent de divers éléments hétérogènes assez lâchement articulés entre eux », écrit en 1944 l’administrateur Mauzon, chef du district d’Ambilobe. Après avoir cité les esprits auxquels croit ce peuple du Nord, l’auteur ajoute que « la magie et la divination accompagnent ces manifestations religieuses ».
D’où le « sikidy » (divination). Pour les Antankarana, la croyance et la technique du « vintana » (sort) sont assez simplifiées. S’ils « manquent d’envergure en matière d’astrologie », les « moasy » (magiciens astrologues) antankarana possèdent une riche connaissance des « aoly » (médicaments).
« On doit noter que l’Antankarana ne fait pas la distinction entre l’aoly-amulette et l’aoly-médicament alors qu’il a certaines connaissances médicales et sait, dans des cas simples, prendre des tisanes d’un réel effet thérapeutique. » Ces « aoly » constituent l’aboutissement tangible des demandes adressées aux puissances spirituelles pour obtenir un avantage ou la disparition d’un mal. Le « mpisikidy » (devin, guérisseur) donne une ordonnance d’ « aoly », « en conclusion d’une consultation par les tromba ou par les moasy ».
Selon le chercheur Théodore Jean, en pays antankarana, les « tromba » sont des esprits des rois défunts (« ampanjaka nihilagna », rois qui se sont retournés ou renversés). On les appelle aussi « razana fanjakana », «ancêtres du royaume ». « Ils reviennent vivre pour quelque temps ou rendre visite à leurs descendants et sujets, par l’intermédiaire des possédés.
Les « tromba » se divisent en deux branches, les Zafimena qui groupent les princes descendants d’Andriambolamena et les Zafinifotsy, ensemble des princes issus d’Andriambolafotsy.
Si nous revenons aux médicaments prescrits par les guérisseurs et sorciers, on distingue les « aoly mahery » (forts) et les « aoly malemy » (faibles).
Les premiers sont généralement fabriqués et ordonnés par un « moasy » : ils sont dangereux pour leur détenteur s’il n’obéit pas strictement à certaines prescriptions. Les seconds peuvent être prescrits par un simple « mpisikidy » ou un « tromba » et comportent également certains interdits.
On recense au moins 150 espèces différentes de « aoly » qui peuvent répondre à tous les besoins. « Pour tous, il faut d’abord certaines conditions de fabrication. » Ils sont faits à partir de certaines perles ou des feuilles de plantes bien déterminées, cueillies un jour donné et d’une certaine façon.
Le médicament doit, en outre, être consacré, sinon il ne serait qu’un objet purement matériel. La consécration est faite par le « mpisikidy » sinon le « moasy », ou par le « tromba » qui a ordonné le médicament. Certains interdits sont indiqués au client à ce moment-là.
« En cas de transgression d’un interdit de cette nature, le détenteur peut lui-même faire une cérémonie de rachat. »
Le plus grand nombre des « aoly » se présente sous forme de corne de bœuf évidée, certains comme une imitation de corne mais en bois. D’autres, moins courants, ressemblent à des sachets ou des bâtonnets entourés de perles.
Dans tous les cas, tous les « aoly » n’agissent que par ingestion ou aspersion avec l’eau dans laquelle on les a mis à tremper. Ou encore par ingestion et application sur la peau d’une pâte obtenue en frottant sur une pierre humide le bord de certaines amulettes.
Enfin, dans l’Ankarana on fait aussi usage, mais à un faible degré, de talismans comoriens appelés « irizi ». Seuls les sorciers comoriens les fabriquent.

Pela Ravalitera

Lundi 15 avril 2013

Notes du passé

L'Express

Publié dans Coutumes, Notes du passé

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