2013-07-30 Le Fort Dauphin en plein désastre

Publié le par Alain GYRE

Le Fort Dauphin en plein désastre

 

Début 1654. Le Fort Dauphin est entouré de toutes parts par les autochtones en révolte contre la dure administration de Flacourt, et le village est près de la famine et de la ruine.

Ecœurée par les déboires que lui cause cette colonie lointaine et désespérant d’en tirer quelque profit, la Compagnie de l’Orient s’en désintéresse.

Depuis plus de quatre ans, aucun navire de France ne touche Madagascar. Depuis longtemps également, le personnel n’est plus payé, colons et soldats manquent de tout et « le gouverneur lui-même n’avait plus de chemise ».

Désemparé, Flacourt envoie un petit bâtiment au Mozam­bique. Sa mission est de remettre au premier vaisseau qu’il rencontre, en partance pour l’Europe, une lettre adressée aux administrateurs de la Compagnie.

Dans ce message, il leur demande des instructions et des secours urgents.

« Dès que cela fut connu à Fort-Dauphin, l’envoi de cette lettre ouvrit les yeux aux moins éclairés et révéla à tous l’angoissante situation où ils se trouvaient. »

C’est le moment choisi par un officier de la Colonie pour fomenter un complot parmi les populations locales.

Il s’agit d’Anthoine Couillard surnommé par celles-ci de

« Marovolo », le Chevelu, « en raison sans doute de la richesse de son système pileux » (lire une de nos précédentes Notes).

Jouissant d’un certain ascendant dans le pays, il a fait cause commune avec les insurgés qui encerclent la ville, leur a cédé des armes détournées des magasins du Fort et leur a promis « qu’après avoir de sa main mis à mort le gouverneur, il passerait à leurs côtés… Une belle traîtrise coloniale en vérité».

Dès que Flacourt apprend cette trahison, il fait arrêter Couillard Marovolo. Il lui fait toutefois grâce de la vie et se borne à l’envoyer à Bourbon avec sept de ses complices et six Malgaches également compromis.

Ils trouvent en débarquant un troupeau d’une vingtaine de têtes, descendants du taureau et des génisses envoyées par Flacourt, cinq ans auparavant. Ils s’occupent à planter du tabac et à recueillir des fibres d’aloès.

En 1656, le navire « Saint-Georges » leur apporte des nouvelles de Fort-Dauphin et le détail des dégâts subis par la ville à la suite de deux incendies consécutifs. « En somme, leur vie fut calme et sans histoire jusqu’en 1658 où commença pour eux une pénible aventure. »

Le 28 mai de cette année-là, le bâtiment « Thomas-Guillaume » cherche abri à Bourbon. Son capitaine, Gosselin, attiré par un feu qu’il aperçoit du large, vient prendre terre non loin des habitations des exilés. « Ce Gosselin devait être un triste sire, trafiquant d’hommes et flibustiers. »

À court de marchandises, de bois d’ébène surtout, il n’aborde Bourbon que dans l’espoir d’y trouver des autochtones dociles qu’il aurait pillés et détroussés avant de les vendre comme esclaves aux établissements portugais de l’Inde.

Mais il tombe à l’improviste sur les huit Français et leurs six serviteurs qui constituent toute la population de l’île et « en proie aux tourments du célibat forcé et de la solitude ».

Gosselin a tôt fait de les persuader que Fort-Dauphin est détruit et abandonné et qu’ils n’ont plus aucune chance d’être secourus et rapatriés.

Il se propose alors à les conduire en Inde avec tous leurs biens, affirmant qu’il se contentera d’une part infime de la vente de leurs produits pour prix de leur voyage.

Les exilés qui ne possèdent qu’une assez grosse quantité de feuilles de tabac séchées et de fibres d’aloès, n’hésitent pas à abandonner l’île déserte. Ils embarquent sur le « Thomas-Guillaume » et arrivent à Madras le 12 juillet.

Malgré tous leurs efforts et ceux de Gosselin, leur cargaison de tabac se révèle absolument invendable dans la ville, car sa population, en majeure partie musulmane, « se montra résolument opposée à la consommation du pétun ».

Ne voulant pas perdre le prix du voyage des exilés, Gosselin vend les six Malgaches au gouverneur de la ville.

Quant à Couillard le Chevelu et ses compagnons, ils sont contraints de s’enrôler comme simples soldats pour survivre. Ils restent à ce service pendant plusieurs années jusqu’au jour où quelques-uns sont rapatriés

en Europe par un navire hollandais.

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Mardi 30 juillet 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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