2013-08-14 Un mariage basé sur le marchandage

Publié le par Alain GYRE

Un mariage basé sur le marchandage

 

En pays Tsimihety, huit étudiants en Droit et en Lettres mènent des enquêtes et appréhendent mieux certaines réalités malgaches. Yolande Ramanoelina, Colombe Razafin­jato, Jonah Rahetlah, Noël Rakotondramboa, Andriantsoa Ramanantsoa, Charles Rarivo­soana, Adolph Ratsimba et Martial Razafindra­lambo évoquent notamment le mariage coutumier qui, de sa forme initiale « Diajofo », évolue progressivement sous la pression des jeunes qui aspirent à faire prévaloir leur choix.

En effet, le mariage « Diajofo » est conclu par la seule volonté des parents, des familles, le consentement des deux futurs époux étant quantité négligeable. Cette union originelle et forcée est aussi appelée « Tretreka » ou « Keliloha », et son point culminant est le « joro », « condition nécessaire et suffisante de la validité de l’union ».

La première évolution du mariage tsimihety est le « Tsiavitravotrangivy ». À l’insu des parents et du Fokonolona, les deux jeunes gens décident de vivre maritalement et de ce seul fait, ils sont considérés comme mariés. Point n’est donc besoin de régulariser l’union par un « joro ».

Les huit étudiants constatent alors que, jusqu’à ce stade, « l’évolution a été surtout vue sous l’angle subjectif, psychologique, c’est-à-dire du point de vue de la volonté des futurs époux ». Mais en parallèle et de plus en plus, interviennent d’autres facteurs, politiques, sociaux et surtout économiques.

Ainsi apparaît le mariage « moletry » qui est, précisent-ils, « l’aboutissement d’une longue évolution ». En tout cas, son origine remonterait entre les années 1920-1930.

Nos enquêteurs en donnent ainsi une double version. La première raconte qu’un Sakalava d’un certain âge- pour ne pas dire d’un âge certain- a voulu épouser une jeune fille tsimihety, mais il s’est heurté au refus catégorique des parents.

Pour venir à bout de ce veto, l’homme qui est très riche, a augmenté progressivement le nombre de bœufs qu’il envisage de leur offrir, tant et si bien qu’ils ont fini par accepter.

« C’est alors que cet esprit de marchandise se serait diffusé dans le pays tsimihety. »

La seconde version parle de la très forte natalité des Tsimihety qui a poussé beaucoup de jeunes gens à émigrer, laissant derrière eux femmes et enfants. Ils s’en sont allés pour deux ou trois ans afin de chercher fortune à une centaine de kilomètres. Certains ont trouvé cette période assez longue et y ont pris d’autres femmes. Mais les parents de ces dernières, sachant pertinemment que l’union ne durera pas, ont réclamé des bœufs et une certaine somme d’argent.

« Ce serait là l’origine du marchandage propre au mariage moletry. »

On ne sait exactement à laquelle des deux versions il faut attribuer l’origine de cette forme d’union. Mais dans tous les cas, elles sont « toutes fondées sur le même thème, l’amour de la richesse ». D’où également le double sens du terme, « le mariage et la prestation ».

Toutefois,une fois encore, cette forme de mariage relève de « l’autorité exclusive » des parents. Sauf quelques cas très rares où l’initiative peut émaner du futur époux.

« Quant à la femme, elle reste la mineure d’il y a un demi-siècle ! »

Aussi de telles unions ne sont-elles pas susceptibles de durer. Il n’est pas rare que la jeune femme abandonne le domicile conjugal (misintaka) bien avant la première année de mariage. À l’échéance de cette « période d’essai », le couple peut se séparer ou continuer à vivre ensemble.

À préciser que ce délai d’un an ne débute que le jour de la célébration proprement dite du mariage et non du moment de la fixation du « moletry ». Ce sont deux périodes bien distinctes dans ce genre d’union, les préparatifs et la cérémonie constitutive du mariage.

 

Pela Ravalitera

 

Mercredi 14 août 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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