2013-10-08 Notes du passé: Des privilèges exorbitants pour les Européens

Publié le par Alain GYRE

Des privilèges exorbitants pour les Européens

 

Au début de son règne, Radama II, fils et successeur de Ranavalona 1ère, est accueilli très favorablement par les « modernistes » de la Cour et une frange de la population, ainsi que les Européens. Car avec ses ministres, le nouveau roi agit en « homme du progrès » et décide à reprendre les relations avec les puissances européennes, mises entre parenthèses sous le règne de la reine mère. Depuis son enfance, il est d’ailleurs préparé à adopter cette politique par Jean Laborde, son tuteur, et peut-être aussi par « son tempérament qui avait en horreur la méthode de sa mère » (thèse de doctorat du Pr Phares Mutibwa, 1969, résumée par l’archiviste Razoharinoro Randriam­boavonjy).

Tout au long de son règne trop libéral, Jean Laborde, le père Finaz, Ellis et Lambert seront ses conseillers occultes et efficaces. Il en arrive même à nommer des Vazaha à des postes officiels : le Français Clément Laborde est désigné comme secrétaire aux Affaires étrangères, l’Américain William Marks remplace Rahaniraka pendant un certain temps à la mort de ce dernier.

Autres mesures que le roi prend : dès 1862, Jean Laborde est reconnu comme consul de France avec résidence à Toamasina, et Thomas Connolly Pakenham, celui de la reine d’Angleterre. Désor­mais, les deux puissances européennes antagonistes ont leur représentant officiel dans la Grande île. « Une telle représentation avait toujours été formellement refusée par Ranavalona 1ère qui y voyait la manifestation d’un manque de confiance dans les relations à venir. » Enfin, les droits de douane sont supprimés à la sortie comme à l’entrée « pour encourager le commerce » et aussi parce que le roi « n’en avait plus personnellement besoin, sa mère lui ayant laissé suffisamment pour vivre ».

Et dès que son accession au trône est connue, les puissances européennes s’empressent de lui témoigner leur faveur. Des missions arrivent de Maurice, de France et d’Angleterre « pour féliciter le nouveau roi, lui apporter des cadeaux et prendre connaissance des conditions nouvelles de leur pénétration à Madagascar. » Middleton conduit une importante délégation mauricienne; Brossard de Corbigny arrive en avril 1862 avec des cadeaux offerts par l’empereur des Français ; le général Johnstone, envoyé de la reine d’Angleterre, le suit de près.

Les missionnaires des diverses confessions affluent de nouveau : les catholiques entament leur travail sur les Hautes-terres ; les protestants ne font que reprendre le leur. « La concurrence dans le domaine religieux allait commencer déjà âprement.

La rivalité franco-anglaise se manifestera non seulement sur le plan du prosélytisme très zélé des missionnaires respectifs, mais aussi dans la recherche de l’extension des zones d’influence. »

Effectivement, dès 1862 également, Lambert qui figure parmi les conseillers occultes du roi, obtient la ratification de sa fameuse et « exorbitante » Charte que Radama II lui a octroyée en secret en 1855, alors qu’il n’est que Rakoto et prince héritier.

En outre, malgré l’hostilité de son entourage et des conseillers de droit, un traité est conclu avec la France. Dans cet accord, on oublie provisoirement « les fameux droits de la France sur Madagascar » et Radama II s’engage à ne céder aucun territoire à une puissance étrangère. La même chose est accordée à l’Angleterre qui, par l’entremise de son consul Packenham, est « alors » décidée à « défendre l’Indépendance de Madagascar, pour le grand bien de Maurice », et à promouvoir la propagation de la religion chrétienne dans l’égalité de toutes les confessions devant la loi du pays. « À l’instar de Lambert, l’Anglais Caldwell obtint aussi sa charte. »

Une « convention secrète » avec la France stipule aussi que « l’empereur des Français, se fiant au caractère généreux et aux intentions amicales du successeur de Ranavalona 1ère, reconnaît Radama II, roi de Madagascar, et renonce aux droits que la France a proclamés concernant sa souveraineté sur l’île ». De son côté, Radama II reconnaît les droits spéciaux de la France sur ses anciens établissements.

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Mardi 08 octobre 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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