2014-03-12 Une fièvre due au « commerce avec les femmes »

Publié le par Alain GYRE

Une fièvre due au « commerce avec les femmes »

 

12.03.2014

Notes du passé

 

 

Le naturaliste Pierre Sonnerat,  durant son séjour dans la Grande île, d’août 1770 à janvier 1771, aborde aussi les « fièvres épidémiques  de l’isle de Madagascar». Ses observations, selon Jean Valette, sont à rapprocher de celles de Munier qui datent de 1775.

 De prime abord, il précise que les fièvres épidémiques dans toute l’île sont provoquées par les mêmes causes, de même leur degré de malignité varie peu. La première raison est, « sans nul doute», la multitude de marais : « Leurs eaux croupissantes, infectées par la grande quantité d’herbes et de paille de riz qui se pourrit annuellement, ne cessent de fournir des exhalaisons putrides. »

 Vient ensuite le climat marqué par « les différents degrés de chaleur et les vents généreux » qui circulent avec plus ou moins de facilité :

 « Ils peuvent étendre ou resserrer ce levain morbidique. »

 Toutefois, les populations autochtones, habituées à faire face à ces maladies, en tirent des leçons. Ainsi, comme les lieux marécageux sont malsains, ils s’installent dans des endroits élevés et ne cultivent dans les bas-fonds qu’avec précaution. C’est pourquoi, affirme Pierre Sonnerat, ils bâtissent leurs villages sur les montagnes et que tous, des chefs aux simples sujets, « ne travaillent presque jamais à la culture du riz, surtout aux plantations, abandonnant entièrement ce soin dangereux à leurs esclaves». Ils en arrivent même à ne se nourrir que « de racines ou de graines de bois recueillis sans se donner beaucoup de peine », pour éviter cet inconvénient.

 Le naturaliste ajoute que les êtres humains ne sont pas les seules victimes de ces fièvres, car presque tout le règne animal est aussi touché. Il observe d’ailleurs une grande différence entre ces maladies, même si elles sont dues à une cause commune. « Mada­gascar est situé dans une zone tropicale torride, son climat brûlant augmente l’action du levain fébrile que sont les marécages. » Ainsi, c’est durant la saison pluvieuse, de novembre à avril, que les animaux tombent malades.

 « Pendant ces six mois, ce levain morbidique s’insinue dans leur corps, exerce son action dissolvante, âcre, putrésanguine, et change par sa nature une partie des liqueurs circulantes en une grande quantité de bile. »

 Le résultat se traduit par la fièvre, la dysenterie ou la péripneumonie bilieuse, sinon ces trois maladies en même temps. « Cette dernière maladie est principalement occasionnée par le mauvais régime que les Noirs observent lorsqu’ils ont la fièvre et par les drogues que les médecins leur font prendre. »

 Pierre Sonnerat précise aussi que le « commerce avec les femmes continue toujours à donner les fièvres». Et d’insister : « Il est très dangereux, parce qu’elles sont toutes gâtées : d’ailleurs, elles énervent par leur lubricité. Plusieurs personnes sont mortes au deuxième accès de fièvre, après avoir passé quelques nuits avec ces femmes. » Il cite aussi la consommation des viandes grasses, « parce que les aliments donnent naissance à une grande quantité d’humeurs bilieuses qui se dépravent plus promptement ou plus lentement, suivant la quantité de liqueurs circulantes ».

 D’après lui, la péripneumonie bilieuse s’annonce souvent par un violent accès de fièvre qui se traduit par l’engourdissement des membres, le manque d’appétit, la bouche amère, un sommeil plein de cauchemars, un mal de tête excessif… À des frissons, succède toujours une hausse élevée de température. Parfois aussi, elle se déclare par une forte colique suivie de diarrhées qui durent plusieurs jours.

 D’après le Dr Brygoo, directeur de l’Institut Pasteur de Mada­gascar dans la moitié des années 60, la péripneumonie comprenait, d’une part, une atteinte pulmonaire et, d’autre part, une altération de la peau et des conjonctives avec vomissements bilieux. « Si de nos jours, l’étiologie du paludisme n’est plus guère admise que comme un facteur d’aggravation dans la symptomatologie pulmonaire, il n’en était pas de même aux XVIIIe  et XIXe siècles, où l’on rattachait au grand ensemble des syndromes paludéens un groupe d’affections réunissant atteinte pulmonaire et manifestations bili­euses. »

 Le Dr Brygoo conclut : « Sonne­rat fait ainsi allusion à un syndrome (péripneumonie bilieuse) qui, de nos jours, n’est considéré que comme l’un des éléments du complexe pathogène auquel était soumis l’organisme humain, et dont le paludisme n’était qu’un des éléments de base. »

Notes du passé

L’Express

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