La femme qui devint Reine ou l'origine du tabac

Publié le par Alain GYRE

La femme qui devint Reine

ou l’origine du tabac. 

Cou-courou… coucourourou… coucou couroucourouou… chantait l’Oiseau de la Pluie du haut de son arbre. Coucourou, comme je me sens bien. Cette humidité qui imprègne mon plumage me procure vraiment une sensation délicieuse. Coucourou…vite que la pluie arrive…

Et pourtant la pluie ne tomba pas encore. Un calme menaçant pesait sur toute chose et l’Oiseau de la Pluie, lui-même, s’était tu.

Mais soudain le vent s’engouffra dans les arbres et en hurlant et chassant devant lui des trombes d’eau.

Et pendant des heures la pluie tomba. Le fleuve avait doublé de volume et la plaine disparaissait sous l’eau.

            Puis l’eau cessa tandis que la pluie continuait à tomber doucement et régulièrement.

            Kalamavo, debout devant la porte de sa petite case, regardait son champ de manioc inondé. La récolte était perdue… Mais, fataliste, elle haussa les épaules et se dit :

« Demain il fera jour et le soleil brillera encore ».

            Elle ferma sa porte et, s’allongeant sur sa natte, elle s’endormit.

            Effectivement, le lendemain, il fit jour et le soleil brilla et la Terre aida le soleil à boire toute cette eau du Ciel.

            Kalamavo, courageusement, se mit au travail et commença à remuer la boue de son champ. Et dans la boue elle découvrit des graines étranges et les emporta, pour les planter près de sa case. Puis elle n’y pensa plus pendant quelques temps jusqu’au jour où elle s’aperçut que des plantes avaient poussé.

Kalamavo coupa les feuilles et les fit sécher au soleil, puis, trouvant leur odeur agréable, elle les réunit par paquets serrés. Elle en tressa d’autres, comme des cordes, les coupa en petits morceaux et eut envie de les mâcher.

Un soir, les habitants du village s’amusèrent à qui lancerait sa salive le plus loin possible. Kalamavo, qui mâchait ses feuilles, lança d’un seul mouvement des lèvres un jet de salive qui dépassa, de loin, tous les autres.

Tous se précipitèrent vers elle et lui demandèrent son secret.

            - C’est une chose odorante que j’ai dans la bouche, dit-elle, et qui enivre un peu.

- Veux-tu nous la vendre ? demanda-t-on. Quel est ton prix ?

- Cela coûte très cher, dit Kalamavo. Un paquet vaut un bœuf.

Trois jeunes en achetèrent ! Puis peu à peu tout le monde voulu en avoir.

Quelques-uns eurent l’idée de rouler les feuilles et de mettre le feu à l’un des bouts et d’aspirer la fumée. On trouva cela délicieux. 

Le Roi Andriankitinatrivo avait entendu parler de ce merveilleux produit et se fit appeler Kalamavo.

Elle s dépêcha de moudre quelques feuilles et se rendit chez le Roi.

Mais en femme très avisée, elle ne présenta au Roi qu’une faible quantité de la poudre délicieuse et la lui fît goûter. Il en prisa, il en mâcha et il en fuma. Puis il interrogea Kalamavo et lui demanda encore des feuilles, car lorsqu’on avait goûté à cette plante enivrante, on ne pouvait s’en passer.

- C’est un secret, dit-elle et il ne peut être connu que d’un Roi ou d’une Reine.

Le Roi, qui n’était pas sot, eut vite fait de comprendre. Et comme, par surcroît, Kalamavo était fort belle, personne ne s’étonna en apprenant que le Roi lui avait demandé de devenir son épouse. 

Et voilà comment une femme fut Reine pour avoir découvert le tabac.

 

Les contes de la Grande Ile

Par Jean Benjamin Randrianirina

 

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