2013-08-13 Le « Diajofo » ou le mariage originel Tsimihety

Publié le par Alain GYRE

Le « Diajofo » ou le mariage originel Tsimihety

 

En septembre 1963, du 15 août au 5 septembre, huit étudiants en Droit et en Lettres de l’Université de Madagascar mènent une enquête dans l’ancienne province de Mahajanga, en pays tsimihety. Il s’agit d’Yolande Ramanoelina, Colombe Razafinjato, Jonah Rahetlah, Noël Rakotondramboa, Andriantsoa Ramanantsoa, Charles Rarivosoana, Adolphe Ratsimba et Martial Razafindralambo. Parmi les coutumes étudiées, il y a le mariage qui présente plusieurs formes.

D’après les enquêteurs, au début et pendant une période assez longue, le « Diajofo » est la seule manière en vigueur pour contracter un lien matrimonial. Cependant, avec le temps, des modifications y seront apportées, donnant naissance au mariage « Tsiavotrangivy » et au mariage « Volambita ».

Cette forme initiale comprend deux étapes bien distinctes: celle d’un « stage pré-matrimonial », et celle de la célébration proprement dite. La première étape débute par la prise de contact entre les familles des deux jeunes gens dont l’union est envisagée. Selon le rituel, les parents du jeune homme expriment leur intention d’unir « les deux enfants » et leur désir « d’emprunter (mindrana) la jeune fille pour une période déterminée ».

C’est ainsi que la jeune fille « empruntée » ira vivre dans la famille de son futur conjoint. Toutefois, celui-ci « n’a pas le droit de toucher à la jeune fille. La prohibition est absolue. Et les parents auxquels a été confiée la garde de la jeune fille, ont l’obligation de veiller au respect de cette interdiction ». Cet « emprunt » d’une année en moyenne est destiné à permettre à sa future belle-famille de mieux connaître la jeune fille.

Le délai convenu d’emprunt écoulé, les deux parties se rencontrent à nouveau pour que les parents du jeune homme « rendent » la jeune fille à sa famille. « D’une manière définitive dans le cas où ils n’auraient pas été satisfaits par le comportement de l’empruntée », « temporairement dans le cas où ils auraient été favorablement fixés à la suite du findramana (emprunt) ».

Par ce dernier geste, ils donnent le temps à la jeune fille de se préparer à la célébration de son mariage, dont la date est discutée aussitôt par les deux parties. En général, « la cérémonie sera organisée au mois de juillet, le mois dit Volambita ».

D’après les huit enquêteurs, ce dernier mot connaît une évolution dans sa signification. Au début, son sens est tout simplement « mois de juillet », autrement dit « le mois le plus propice à toute festivité traditionnelle ». Plus tard, le terme est pris dans une acception plus large, c’est-à-dire « durée d’une année ».

Ce n’est donc qu’un an au moins après le premier contact que sera publiquement célébré le mariage, au cours d’une cérémonie de « joro » durant laquelle les deux jeunes gens seront unis. « C’est une grande cérémonie qui se termine toujours par un grand repas offert successivement par les deux familles au Fokonolona. Mais le seul fait important en est le joro, condition nécessaire et suffisante de la validité de l’union. »

Une précision importante: « Dans sa forme Diajofo, le mariage est conclu par la seule volonté des parents, des familles. On n’y tient guère compte du consentement des deux futurs époux. Les parents ont ce pouvoir absolu en ce qui concerne le choix matrimonial de leurs enfants. »

D’après les étudiants, ce « totalitarisme familial » trouve sa manifestation extrême dans le mariage forcé dit « tretreka » ou « keliloha ». Sous cette forme, l’union voulue des parents est célébrée malgré les refus explicites des principaux intéressés.

Mais au fur et à mesure que passe le temps, ce « pouvoir absolu » s’effritera devant la volonté d’émancipation de plus en plus grande des jeunes. « Ainsi s’établirent peu à peu une forme coutumière du mariage qui donne une grande initiative aux futurs époux. »

 

 

Pela Ravalitera

 

Mardi 13 août 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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