Conte: Ibotity, ou de plus en plus fort - Jeanne de Longchamps
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Ibotity,
ou de plus en plus fort
Quand vous connaîtrez l’histoire d’Ibotity, vous l’apprendrez à d’autres.
Ils disent les Anciens, oui ils disent ainsi :
Cet Ibotity partit et monta dans un arbre, mais le vent souffla dans l’arbre et le déracina, Ibotity tomba et se cassa la cuisse.
Il se dit :
- Oh ! que cet arbre est fort, il a cassé la cuisse d’Ibotity !
Mais l’arbre répondit :
- Je ne suis pas fort. Si j’étais fort, est-ce que le vent me déracinerait ?
Ibotity continua :
- Le vent est fort. Le vent a déraciné l’arbre et l’arbre a cassé la cuisse d’Ibotity.
Le vent se récria :
- Ce n’est pas moi qui suis fort, mais je suis fort quand je suis soutenu par la montagne.
- La montagne est forte, dit Ibotity, car elle soutient le vent, le vent déracine l’arbre et l’arbre casse la cuisse d’Ibotity.
Mais la montagne dit :
- Edrey ! Je ne suis pas forte. Si j’étais forte, le rat parviendrait vent, le vent déracine l’arbre, l’arbre casse la cuise d’Ibotity.
- Ce n’est pas moi qui suis fort, dit le rat, car si j’étais fort, est-ce que le chat me mangerait ?
-il à me percer ?
- Le rat est fort, dit Ibotity, car le rat perce la montagne qui soutient le
- Le chat est fort, dit Ibotity. Le chat mange le rat, le rat perce la montagne, la montagne soutient le vent, le vent déracine l’arbre, l’arbre casse la cuisse d’Ibotity.
- Ce n’est pas moi qui suis fort, dit le chat, car si j’étais fort, la corde pourrait-elle m’attacher ?
- C’est la corde qui est forte, dit Ibotity. La corde attache le chat, le chat mange le rat, le rat perce la montagne, la montagne soutient le vent, le vent déracine l’arbre, l’arbre casse la cuisse d’Ibotity.
- Ce n’est pas moi qui suis forte, dit la corde, car si j’étais forte, est-ce que le couteau me couperait ?
- C’est le couteau qui est fort, se dit Ibotity, car le couteau coupe la corde, la corde attache le chat, le chat mange le rat, le rat perce la montagne, la montagne soutient le vent, le vent déracine l’arbre, l’arbre casse la cuisse d’Ibotity.
- Ce n’est pas moi qui suis fort, dit le couteau. Si j’étais fort, est-ce que le feu m’attaquerait ?
- C’est le feu qui est fort, dit Ibotity. Le feu attaque le couteau, le couteau coupe la corde, la corde attache le chat, le chat mange le rat, le rat perce la montagne, la montagne soutient le vent, le vent déracine l’arbre, l’arbre casse la cuisse d’Ibotity.
- Ce n’est pas moi qui suis fort, dit le feu. Si j’étais fort, est-ce que l’eau me tuerait ?
- C’est l’eau qui est forte, dit Ibotity. L’eau tue le feu, le feu attaque le couteau, le couteau coupe la corde, la corde attache le chat, le chat mange le rat, le rat perce la montagne, la montagne soutient le vent, le vent déracine l’arbre, l’arbre casse la cuisse d’Ibotity.
- Ce n’est pas moi qui suis forte, dit l’eau. Si j’étais forte, est-ce que la pirogue marcherait sur moi ?
- C’est la pirogue qui est forte, dit Ibotity. La pirogue marche sur l’eau, l’eau tue le feu, le feu attaque le couteau, le couteau coupe la corde, la corde attache le chat, le chat mange le rat, le rat perce la montagne, la montagne soutient le vent, le vent déracine l’arbre, l’arbre casse la cuisse d’Ibotity.
- Ce n’est pas moi qui suis forte, dit la pirogue. Si j’étais forte, est-ce que la pierre me fendrait ?
- C’est la pierre qui est forte, dit Ibotity, la pierre fend la pirogue, la pirogue marche sur l’eau, l’eau tue le feu, le feu attaque le couteau, le couteau coupe la corde, la corde attache le chat, le chat mange le rat, le rat perce la montagne, la montagne soutient le vent, le vent déracine l’arbre, l’arbre casse la cuisse d’Ibotity.
- Ce n’est pas moi qui suis forte, dit la pierre. Si j’étais forte, est-ce que les gens me briseraient ?
- Ce sont les gens qui sont forts, dit Ibotity, car les gens brisent la pierre, la pierre fend la pirogue, la pirogue marche sur l’eau, l’eau tue le feu, le feu attaque le couteau, le couteau coupe la corde, la corde attache le chat, le chat mange le rat, le rat perce la montagne, la montagne soutient le vent, le vent déracine l’arbre, l’arbre casse la cuisse d’Ibotity.
- Ce n’est pas nous qui sommes forts, disent les gens. Si nous étions forts, est-ce que le sorcier aurait raison de nous ?
- C’est le sorcier qui est fort, dit Ibotity, car il a raison des gens, les gens brisent la pierre, la pierre fend la pirogue, la pirogue marche sur l’eau, l’eau tue le feu, le feu attaque le couteau, le couteau coupe la corde, la corde attache le chat, le chat mange le rat, le rat perce la montagne, la montagne soutient le vent, le vent déracine l’arbre, l’arbre casse la cuisse d’Ibotity.
- Ce n’est pas moi qui suis fort, dit le sorcier. Si j’étais fort, est-ce que le tanguin (1) me tuerait ?
- C’est le tanguin qui est fort, dit Ibotity. Le tanguin tue le sorcier, le sorcier a raison des gens, les gens brisent la pierre, la pierre fend la pirogue, la pirogue marche sur l’eau, l’eau tue le feu, le feu attaque le couteau, le couteau coupe la corde, la corde attache le chat, le chat mange le rat, le rat perce la montagne, la montagne soutient le vent, le vent déracine l’arbre, l’arbre casse la cuisse d’Ibotity.
- Ce n’est pas moi qui suis fort, dit le tanguin, car si j’étais fort, est-ce qu’Andriamanitra (2) pourrait me commander ?
- C’est Andriamanitra qui est fort, dit Ibotity.
Andriamanitra ne répondit pas à Ibotity.
Alors il reconnut qu’en toutes choses, Andriamanitra était le plus fort, qu’il commande à la terre et au ciel, jusqu’à l’horizon.
Les Anciens ne mentent pas.
Andriamanitra est le créateur des hommes. Il est venu de sous terre et il a quatre yeux. Il peut voir par devant, il peut voir par derrière. Ses yeux sont bleu-vert comme ceux du po (3). Ses cheveux sont rouges. Lorsqu’il marche on n’entend pas le bruit de ses pas.
Notes :
(1) Tanguin, poison végétal. En malgache tanghena.
(2) Andriamanitra, littéralement, le Seigneur Parfumé. L’Etre Suprême,
(3) Po est un ancien mot pour désigner un petit oiseau, le fody, qui devient rouge à la saison des amours et qui pour cette raison est nommé vulgairement cardinal.
Recueilli à Analalava, région de Diégo-Suarez
Jeanne de Longchamps
Contes Malgaches
Editions Erasme Paris