Conte: Ikotofetsy et Imahaka les deux farceurs -Rencontre 1 - Jeanne de Longchamps
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Ikotofetsy et Imahaka
les deux farceurs - Rencontre
1
Allons, écoutez-moi bien…
Nous allons faire la description de deux farceurs dont la renommée est venue jusqu’ici.
E… hommes… E… Femmes, écoutez !
Ikotofetsy et Imahaka partirent chacun de leur pays. Ikotofetsy habitait du côté de l’Ouest et Imahaka, du côté de l’Est. Ikotofetsy allait vers l’Est et Imahaka allait vers l’Ouest. Les deux hommes se rencontrèrent dans une vallée et se saluèrent.
Imahaka portait une bêche en argile et Ikotofetsy portait un corbeau dans un panier.
- Que portez-vous là, Monsieur ? dit Ikotofetsy.
- C’est une bêche et je voudrais l’échanger contre une poule, répondit Imahaka.
- Tiens ! Et moi j’ai là une poule et je désirerais l’échanger contre une bêche.
- C’est entendu. Allons là-bas faire notre échange.
- Camarade, dit Ikotofetsy, n’ouvre pas ici la corbeille. La poule est farouche et n’est pas attachée, elle pourrait s’envoler.
- Ma bêche vient d’être trempée, attends un peu, ne te presse pas de t’en servir de peur qu’elle ne s’ébrèche.
Chacun rentra chez lui de son côté.
Lorsqu’il fut arrivé dans sa case, Imahaka ouvrit la corbeille et le corbeau s’enfuit en criant.
Lorsqu’Ikotofetsy entreprit d’emmancher sa bêche, elle se brisa.
Alors chacun fut pris d’admiration pour son camarade.
Ils s’écrièrent ensemble :
- Nous sommes deux fameux farceurs et il faut que nous nous unissions.
Quelques temps après cette aventure, ils se rencontrèrent de nouveau.
Imahaka dit le premier :
- Si nous sommes vraiment camarades, faisons un assaut d’esprit.
- Entendu, répondit Ikotofetsy. Commençons.
- Il y a une chose qui m’étonne, dit Imahaka, et si tu comprends cette chose, je reconnais que tu as l’esprit plus profond que moi ; pourquoi cette vache de poils noirs donne-t-elle du lait blanc ?
- Je ne sais pas, dit Ikotofetsy. Mais voici qui m’étonne aussi et si tu en connais la raison, je reconnaitrai que tu es plus intelligent que moi : ce bœuf et ce mouton mangent de l’herbe tous les deux. Pourquoi l’un a-t-il une queue longue et mince et l’autre, une queue courte et épaisse (1) ?
- Je ne sais pas ce qui cause cela.
Chacun s’avoua vaincu.
- Nous sommes deux coqs de même crête, dirent-ils. Il faut que nous nous unissions.
Là-dessus ils préparèrent un bon repas pour le manger ensemble.
- Allons d’abord dormir tous deux, et celui qui fera le plus beau rêve mangera le repas.
Ils partirent se coucher.
Quelques temps après, Ikotofetsy ouvrit les yeux et dit :
- J’ai rêvé que je montais au ciel et que je voyais des choses magnifiques qui m’ont ravi.
- Et moi, dit Imahaka, j’ai rêvé que je te voyais monter au ciel et je me suis dit à moi-même : il est tellement ravi par les choses magnifiques qu’il voit, que jamais il n’en voudra redescendre. Et, en me réveillant, j’ai mangé le repas. Cependant te voilà de nouveau ici.
Que dites-vous de cela, ô femmes
E ! é ! é ! les hommes,
Je n’ai pas fini, tendez vos oreilles.
Notes :
(1) A Madagascar, les moutons ont une queue épaisse et très fournie.
Cycle de contes particulièrement répandu dans l’Imerina
Jeanne de Longchamps
Contes Malgaches
Editions Erasme Paris