Conte: Ikotofetsy et Imahaka les deux farceurs s'emparent des richesses du pays 5 - Jeanne de Longchamps
/image%2F1287026%2F20250720%2Fob_1a0f9d_1-a-a.png)
Ikotofetsy et Imahaka
les deux farceurs s'emparent des richesses du pays
5
Un jour, un raingahy se pavanait dans son beau lamba rouge, un lamba lasoa (1).
- Père, lui dit Imahaka, que ce lamba est beau et comme il vous va bien… Quel merveilleux lamba… Permettez-moi de l’essayer, mais je suis bien sûr qu’il ne m’ira pas aussi bien qu’à vous.
Le vieillard flatté par ces compliments lui répondit :
- Quelles bonnes paroles, mon enfant. Vraiment ce lamba est beau et il me va très bien.
Et il recommençait à se pavaner avec gloriole, puis il le jeta sur les épaules d’Imahaka, car il était content de voir l’effet qu’il produisait.
Imahaka se promena devant lui de long en large, puis il s’éloigna de plus en plus du raingahy.
- Non, Monsieur, disait-il, il me va beaucoup moins bien qu’à vous.
Enfin il gagna un rocher voisin, sauta dessus, se pavana encore une fois et, tout à coup, disparut derrière.
Le vieillard eut beau faire le tour du rocher, et l’examiner à l’intérieur, il ne trouva personne.
Imahaka s’enfuyait avec le beau lamba. Dans la vallée il rencontra les patineurs de rizières, fit comme eux, et se vautra dans la boue à s’en rendre méconnaissable.
Le raingahy s’était mis à sa poursuite. Le voici… Il arrive.
- N’avez-vous pas vu passer Imahaka ? demande-t-il à Imahaka lui-même.
Sans broncher, Imahaka répond :
- Oui Monsieur, nous l’avons vu et il s’est dirigé dans cette direction.
Vu et il s’est dirigé dans cette direction.
Le vieillard s’éloigna vers l’Est.
Imahaka se lave et s’en va dans un pays des environs pour se faire voir avec son beau lamba.
- Oh, que vous avez donc un beau lamba ! lui disent les femmes.
- Sans doute, répond-il, mais il m’en a coûté cher pour l’obtenir et j’ai bien cru que j’y laisserais la vie.
- Comment cela ? demandèrent-elles.
- Puisque cela vous intéresse tant, je veux bien vous le dire. Voici, je suis parvenu à gagner cette merveille en faisant ceci : on m’a enfermé dans une grosse natte qu’on a cousue et je suis ainsi descendu dans une eau très profonde. Au fond de cette eau, j’ai vu une quantité de richesses. Malheureusement je n’ai pu emporter que ce beau lamba.
Les femmes alors s’écrièrent :
- Enfermons-nous dans des nattes cousues et jetez-nous à l’eau à l’endroit où il y a tant de belles choses.
- Non, dit Imahaka, et que diraient vos maris ? Mais entendez-vous avec eux et que chaque femme couse un homme dans une natte et le descende dans à l’endroit que je vous indiquerai.
Ainsi firent-elles. Tous les hommes acceptèrent de se faire coudre dans une natte et jeter à l’eau et pas un n’en revint.
Imahaka n’ayant plus à faire qu’à des femmes s’adjugea toutes les richesses du pays.
Que dites-vous de cela, ô femmes, é ! é ! é !
N’est-ce pas vraiment masiko (2)
E ! les femmes au dakotéra (3)
Je ne vous blâme pas, ô femmes, de ne pas raser vos cheveux,
Les belles tresses terminées par des boules,
Grosses comme des œufs d’oie,
Les belles tresses se mettent en avant.
Note :
(1) lamba lasoa, écharpe de soie.
(2) masiko : âcre acide qui fait grincer des dents comme les fruits du tamarin qu’on mélange à la cendre pour les rendre plus agréable à manger.
(3) dakotéra : tresses terminées par une grosse boule de cheveux.
Cycle de contes particulièrement répandu dans l’Imerina
Jeanne de Longchamps
Contes Malgaches
Editions Erasme Paris