Conte: Le chien et le chat sauvage

Le chien et le chat sauvage
Fable Merina
Recueillie à Sambaina (district autonome d'Ankazobé).
Un chien et un chat, vivant à l'état sauvage, étaient depuis longtemps amis.
Un jour, traqués par les gens des environs, ils résolurent de renoncer à leur vie de rapines et de prendre un métier; ils choisirent celui de fabricant de rabanes (i), comme plus lucratif que les autres.
Ils achetèrent donc du rafia.
Quand il s’agit de le laver et de le fouler pour l’amollir, le chat dit au chien.
« Mes griffes acérées déchireraient notre rafia, et mon poids n’est pas suffisant pour fouler ces fibres dures et résistantes. Chargez-vous en donc; moi, je le nouerai après le lavage. »
Le chien, dans sa simplicité, alla laver et fouler les fibres à la cascade voisine.
Quand il fut de retour, son ami lui demanda encore de faire le nouage. Et quand ce fut fini, et qu’on en fut au tissage :
« Très cher ami, s’écria le chat, jamais je n’ai tissé aucune rabane, je gâcherais notre rafia ; mais quand nous tisserons de la soie, je vous montrerai mes talents. »
L'excellent chien tissa donc les rabanes; puis il envoya son perfide compagnon les vendre au marché. Le chat hésitait : en y allant, il risquait d'être tué par les gens du village; mais d’autre part il désirait ardemment manger tout seul la viande achetée avec l’argent. Il se décida donc à partir. Mais à peine l’eut-on aperçu qu’on se mit à le poursuivre à coups de pierres. Il revint vite à la case et raconta au chien qu’il n’avait pas réussi à vendre les rabanes. Le chien voulut bien tenter la chance à son tour : au marché il tira des rabanes douze sous, avec lesquels il acheta de la viande.
Quand il fut de retour, sans avoir rien mangé encore, le chat s’écria :
« Il faut de suite porter notre viande sur un arbre, afin qu’un autre plus fort ne vienne pas nous l’enlever. »
Et l’animal malin porta la viande sur l’arbre et l’y mangea tranquillement.
En vain le chien essaya, par menaces et par prières, d’en obtenir quelques bribes : il n’en eut que l'odeur.
Accablé de fatigue et de faim, il se coucha au pied de l’arbre et ne tarda pas à succomber, en maudissant ses enfants, s'ils ne vengeaient pas sa mort.
(i) Etoffes fabriquées avec les fibres du rafia
Contes de Madagascar
Charles RENEL