Conte: Le longozavola

Publié le par Alain GYRE

Le longozavola (1)

Fabliau Sakalava

Recueilli à Manakana (cercle de Maevatanana).

 

Un roi, dit-on, s’en alla un jour à la recherche d'une femme, et il trouva une très belle fille parmi ses menakely.

Le mariage une fois conclu, le roi mit son longoza-vola dans la maison de sa femme.

Mais voilà qu'il se mit à boire du toaka, et il s’enivra jusqu'à perdre la raison et à frapper sa femme, à qui il donna force coups de pied.

I1 la mit en si piteux état, qu’elle voulut le quitter et se mit en route pour retourner chez ses parents. Elle emporta chez eux le longoza-vola, et, en arrivant tout en larmes, dit à son père : « Papa, j’ai vainement essayé de briser ce longoza-vola, je vous prie de le rompre. » Son père n’en eut pas la force et la consola comme il put. Elle s’adressa ensuite à tous les gens de son village, mais aucun ne put rompre le longoza-vola. Puis elle alla trouver un roi plus puissant que son mari et l’aborda en ces termes : « Salut à toi, Seigneur ! Puisses-tu être respecté de tout ton peuple ! Je viens t’apporter ce longoza-vola, et te supplie de le rompre, car je n’ai pas pu jusqu'ici trouver un homme qui en fût capable. — Moi non plus, répondit le roi, je ne pourrai pas le briser, car il représente le mariage de deux personnes. Or nul ne saurait rompre un mariage, à l’exception de l’homme qui a pris la femme. Notre loi, c’est celle du longoza-vola, qu’aucun homme ne peut briser, depuis le roi le plus puissant jusqu’à l’esclave le plus humble, aucun homme sauf celui qui t’a prise pour sa femme. »

 

(1)Lelongoza est une plante dont les feuilles sont souvent employées comme cuillers. Longoza-vola = longouze d’argent (sorte de canne royale ornée d'argent).

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL

 

 

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