Conte: Le sakoririka devenu bœuf

Le sakoririka devenu bœuf
Fabliau Betsileo
Recueilli à Fiadanana (province de Fianarantsoa).
(Episode de l'histoire de Kotofetsy et Mahaka).
Mahaka un jour fit le pari avec un andriana qu’il s’arrangerait pour qu’un sakoririka devint un bœuf. On se moqua beaucoup de lui.
Cependant il enferma son sakoririka dans un bambou qu’il portait sur l’épaule, et il le montrait à tout le monde, en criant :
« Voici mon bœuf! Voici mon bœuf! »
11 passa ainsi le reste de la journée à se promener de village en village, portant sur l’épaule son sakoririka. Le soir venu, il s’arrêta dans une case d'un village où il avait déjà passé. Les gens, en l’apercevant, se mirent à crier, avec moquerie :
« Oh ! c’est Mahaka! Oh ! c’est Mahaka! »
« Tel est bien mon nom, leur répondait le malin. Ne le saviez-vous pas ? »
Et il répétait :
« Voici mon bœuf ! Voici mon bœuf! »
En même temps, il montrait son sakoririka.
« Où faut-il mettre votre bête ? » dit le maître de la maison à Mahaka, lorsque la nuit vint.
« Installez-la donc là où est sa place, » répondit-il.
Alors le propriétaire mit le sakoririka avec les poules, qui le tuèrent à coups de bec. Le lendemain, voilà que le sakoririka était mort.
Le maître de la maison s'inquiéta, et dit à son hôte :
« Mahaka! Mahaka! votre bête est morte ! »
« Qui l'a tuée, m’appartiendra donc. »
« Ah ! non ! par exemple !»
« Eh bien ! dit Mahaka, remplacez-moi ma bête par une autre toute semblable. Sinon, qui l’a tuée m’appartiendra. »
Le maitre de la maison, intimidé, consentit à donner une poule à Mahaka en remplacement
du sakoririka.
Le lendemain, Mahaka quitta le village, emportant la poule sous son bras, et continua son chemin avec allégresse.
Quand le soleil se coucha, il entra chez un Rangahy, qui avait beaucoup d’enfants.
« Eh! Mahaka! Eh! Mahaka! » crièrent ceux-ci.
« Mahaka est en effet mon nom. Vous le saviez sans doute? Regardez donc mon bœuf. Voici mon bœuf! » continua-t-il en montrant sa poule.
« Où faut-il mettre cette poule? » demanda le maître de la maison.
« Installez cette bête là où est sa place. »
Les enfants prirent la poule et la mirent avec les dokotra (sortes de canards). Mais ceux-ci tuèrent l'étrangère, seule de son espèce parmi eux.
« J'emporterai qui a tué ma bête », fit Malaka.
En même temps il roulait de gros yeux au maître de la case, qui, pris de peur, lui donna un beau dokotra à la place de sa poule.
Le soir Mahaka demanda l'hospitalité à un homme qui élevait des dindons. « Je te prie de mettre ma bête là où elle doit être », dit-il.
Les enfants installèrent le dokotra parmi les dindons ; mais le lendemain on le trouva mort.
Sur les menaces de Mahaka, l'homme donna une belle dinde.
Mahaka, avec sa dinde enfermée dans une sobika, coucha chez Rabeondry, l'homme-aux - moutons. « Mets donc ma bête là où est sa place. »
La dinde fut logée dans un coin du parc aux moutons. Mais les moutons crurent que la sobika contenait de l'herbe; ils lui donnèrent force coups de cornes pendant la nuit pour l'éventrer, si bien que la dinde trépassa.
« Je ne me déclarerai satisfait, dit Mahaka feignant la colère, que si on me donne qui a tué ma bête ». « Ce n’est pas ma faute, dit Rabeondry; mais qu’à cela ne tienne ! Emportez un mouton ! »
Mahaka, s’arrêta le soir dans la case d'un homme riche qui possédait beaucoup de bœufs.
On mit son mouton dans une fosse à bœuf, où il y avait un animal à engraisser.
La nuit Mahaka se leva, descendit dans la fosse, tua lui- même son mouton et l'accrocha à plusieurs reprises aux cornes du bœuf, de telle sorte que celles-ci furent rouges de sang.
Puis il se recoucha et fit la grasse matinée, pour permettre au propriétaire de la case de constater l’accident.
Une fois levé, il fit semblant d’aller chercher son mouton. Quand il le vit mort, il accabla de reproches le maître du bœuf.
« Celui qui a tué ma bête deviendra mien. Si vous n’y consentez pas, je porterai plainte au Fanjakana.»
La discussion fut longue, mais, devant l’entêtement de Mahaka, l’autre finit par céder, et lui laissa emmener son bœuf.
Alors Mahaka s’en fut trouver l’Andriana qui avait parié avec lui, raconta ses pérégrinations et les ruses qu’il avait mises en œuvre pour remplacer son sakoririka par un beau bœuf.
L’Andriana fut forcé de payer l’enjeu du pari.
Contes de Madagascar
Charles RENEL