Poème: Oh ! nuit muette… ! - Ramambason

Oh ! nuit muette… !
Oh ! nuit muette et morne,
Pourquoi donc ton silence ?
N’entends-tu pas ces cris
S’élevant de partout
Et cette angoisse immense
Qui sur l’homme s’abat
Et l’étreint et l’étouffe ?
Ne vois-tu pas, ô ! nuit, —
Qui scintilles pourtant
De mille et mille feux
Lointains et inconnus, —
Ne vois-tu pas ce monde
Si immonde et si bas
Que ton voile pudique
N’enveloppe qu’à moitié ?
Car d’ici et de là,
Du levant au couchant,
La misère au visage, au visage
Atroce et dur,
Ricane et bafoue,
Écrasant, fouaillant
L’homme étonné
Et impuissant ! Oh ! nuit !
Car d’ici et de là,
Fouaillant, écrasant,
Jusqu’au sang, jusqu’aux os,
Impassible et superbe,
L’égoïsme imbécile
Et féroce, oh ! combien, —
Se repaît des tourments
De l’humanité maudite.
Du levant au couchant,
L’hydre aux cent têtes,
L’ignorance tenace
…
Se refuse à céder
Du terrain et règne et règne
Encore et toujours,
En dépit des efforts
Du Sisyphe éternel
Qui se leurre : il s’acharne,
Se dépense et s’efforce,
Mais, toujours et toujours,
Il échoue et demeure
Incapable d’atteindre
Jamais la lumière
Entrevue dans son rêve
Éternel ! Oh ! nuit !
Car de-ci et delà,
Le vois-tu ? il échoue !
Du levant au couchant,
L’entends-tu ? il échoue !
Des échecs lamentables
Le guettent au tournant
Des sentiers prometteurs
Où s’engagent ses pas
Les plus hardis : échecs
Décevants et fréquents !
Oh ! nuit de silence,
Étouffante et si morne !
Pourquoi donc te tais-tu ?
Pourquoi donc, oui pourquoi ?
Oh ! Silence ! Oh ! Mystère !
New Delhi, 27.XI.56
Ramambason
(Rythmes et Synthèses)