Conte: Rafara Fille des eaux - Jeanne de Longchamps
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Rafara
Fille des eaux
Aujourd’hui je viens et je raconte.
La fille des Eaux habitait -ce sont les Anciens qui le disent – une demeure enchantée au fond des Eaux Vertes. Elle avait une chevelure longue, couleur de feu.
Rafara était son nom et sa petite esclave s’appelait Ikala.
Un jour, elles s’échappèrent pour aller jouer sur le sable rose, au bord des Eaux. Elles jouaient ainsi, et Andriambahoaka les aperçut et il voulut s’emparer de la fille des Eaux Vertes. Mais il ne put la saisir, car elle se précipita dans la rivière, suivie de son esclave.il fut vraiment triste de voir disparaître ces jolies filles. Puis il remonta dans son palais, sur la colline.
Le lendemain il alla voir le mpanandro (1) Rainikotombé et se fit faire le sikidy.
- Père, lui dit-il, que la prospérité t’atteigne.
- Tu parais inquiet ? Qu’y a-t-il, mon enfant ? demanda le vieillard.
- J’ai vu là, au bord des Eaux, de jolies filles et je serais heureux de prendre l’une d’elles pour femme. Mais elles ont x sec sont refermées sur elles.
Rainikotombé interrogea les graines du sikidy, puis il dit :
- Oui mon enfant, ce sont des filles qui habitent le fond des Eaux et si tu n’as pas d’aide, tu ne pourras pas avoir celle que tu désires.
- Que faut-il donc faire ? dit Andriambahoaka.
- Voici, mais le prix à verser sera d’un coq noir n’ayant jamais chanté et cinq pièces d’argent.
- Bien, dit Andriambahoaka.
- Voici l’ody tsara (2). Enfonce-toi donc danse sable où elles jouent et quand tu les verras venir, laisse-les se sécher, ensuite précipite-toi sur elles et saisis-les par leurs chevelures.
Andriambahoaka s’en alla se cacher dans le sable.
Bientôt la fille des Eaux Vertes et son esclave sortirent de l’(eau. Il les épia longtemps et lorsqu’il vit qu’elles n’étaient plus mouillées, il s’approcha doucement et s’empara d’elles en les saisissant par leurs chevelures.
- Je désire te prendre pour épouse, dit Andriambahoaka à Rafara.
Elle ne répondit pas et il perdit tout son courage parce qu’il pensa qu’elle était muette. Puis il l’emmena chez lui et réunit son peuple.
- Voici peuple. J’ai fait monter Rafara des Eaux Vertes. Elle sera ma grande épouse.
Le peuple lui demanda :
- Qui est son père ? Qui est sa mère ? D’où vient-elle ?
Andriambahoaka ne trouva rien à répondre à toutes ces questions.
Rafara et Ikala continuaient à ne parler et restaient silencieuses comme des pierres ou comme des troncs d’arbres morts. Le peuple redescendit la colline et chacun s’en allait en hochant la tête.
Au bout de quelques temps de mariage, Rafara mit au monde un garçon.
Un jour qu’Andriambahoaka était aux rizières, l’enfant se mit à pleurer. Sa mère le prit dans ses bras et le berça en chantant :
« Ô parcelle de ma vie, : mon amour. »
« Ravelonahana… Ravelonahana
« Tais-toi…tais-toi…
Sa voix résonnait comme une petite cloche. Une esclave d’Andriambahoaka l’entendit et lorsque le roi revint des rizières, elle rampa jusqu’à lui et chuchota :
- Ô Maître, lorsque tu étais aux rizières et tandis que je chauffais ma gale au soleil auprès du parc à bœufs, j’ai entendu ton épouse chanter. Elle parle quand tu n’es pas là et sa voix est semblable à une petite cloche d’argent.
- En fais-tu le serment ? A-t-elle réellement chanté ?
- Oui, dit-elle, j’en fais le serment. Elle a chanté.
Arrivé dans son palais, Andriambahoaka se cacha sous une natte, tout près d’Ifara et d’Ikala. L’enfant se plaignit et la mère, tout en le berçant, se mit à chanter.
Lorsqu’il entendit cela, Andriambahoaka sortit précipitamment de dessous la natte et s’écria :
- Ô Rafara, tu peux parler quand tu ne me vois pas !
Mais elle redevint muette. Il la caressa et fit ce qu’il pouvait pour la faire parler à nouveau, mais elle s’obstina à ne pas répondre, et, malgré les menaces, elle resta muette. Alors il la battit et ne la laissa que lorsqu’il fut tout à fait épuisé.
Rafara ne parlait pas, mais de grosses larmes coulaient de ses yeux. Puis un bruit terrible se fit entendre et Andriambahoaka vit avec épouvante que ses larmes formaient un torrent qui grondait en s’en allant rejoindre les Eaux Vertes. Rafara et Ikala plongèrent laissant dans la case le père et l’enfant.
Andriambahoaka prit son fils dans ses bras et voulut poursuivre sa femme. Il appela :
- Rafara, enfant des Eaux…
Rafara, enfant des Eaux
Reviens. Je te donnerai ce qui est le plus précieux au monde.
Mon aîné, mon cadet
Mon père, ma mère…
Rafara répondit :
- Andriambahoaka… Andriambahoaka…
L’aîné et le cadet, dis-je
Le père et la mère
Ne sont pas des cadeaux pour moi.
Le Roi s’élança dans la direction d’où venait cette voix et s’écria :
-Rafara… Rafara…
Enfant des Eaux
Je te donnerai mon aîné, mon cadet
Mon père et ma mère
Cent esclaves et mille bœufs.
Rafara répondit :
- Andriambahoaka… Andriambahoaka…
L’aîné, le cadet
Le père et la mère
Cent esclaves et mille bœufs
Ne sont pas des cadeaux pour moi.
Pendant ce temps, Rafara er Ikala étaient arrivées au fond des Eaux Vertes.
Un gros Caïman qui gardait la première enceinte de corail fut très surpris en entendant cette voix. Il s’approcha du rivage. La x et son esclave montèrent sur son dos et elles passèrent ainsi les sept enceintes qui s’ouvraient devant elles et se refermaient ensuite.
Et tous les petits et gros caïmans, avec leur dos écailleux, étaient là et les regardaient passer.
Ils disaient joyeusement entre eux :
- Est-ce possible ? La Fille des Eaux Vertes serait-elle revenue ?- Oui, dit un gros Mâle, c’est elle, je la reconnais.
Cependant Andriambahoaka, sur le rivage, continuait à se lamenter :
- Rafara, enfant des Eaux
Reviens, reviens, dis-je,
Ton époux est dans le malheur
Ton fils est dans la misère.
Lorsqu’il eut ainsi longtemps pleuré, deux caïmans qui avaient plusieurs siècles sortirent de l’eau pour les emporter. Ils étaient envoyés par les parents de Rafara.
Andriambahoaka dit alors :
- Si nous entrons dans l’eau, nous ne pourrons plus respirer et nous mourrons.
Mais le plus gros des Caïmans répondit :
- N’ayez pas peur. Vous n’aurez pas de mal, nous sommes là.
Ils plongèrent dans l’eau et ne furent pas même mouillés.
Ils suivaient depuis longtemps les Caïmans, lorsqu’un Palais enchanté leur apparut. Rafara en sortit et vint à leur rencontre.
Elle parlait et sa voix chantait. De nombreuses esclaves la suivaient vêtues, comme elle, de leurs longues chevelures.
Le Roi des Eaux et sa femme furent très heureux et accueillirent fort bien Andriambahoaka et son fils. Ils vécurent ainsi de longues années.
Je laisse ici la description de leur bonheur, mais les paroles soties de la tête ne finissent jamais.
Notes :
- Mpanandro, sorcier.
- Ody tsara, bonne amulette.
Recueilli dans la région de Diégo-Suarez
Jeanne de Longchamps
Contes Malgaches
Editions Erasme Paris