Conte: Rafosa, Rafanaloka et Ravoantsira

Publié le par Alain GYRE

 

Rafosa, Rafanaloka et Ravoantsira

Fable Betsimisaraka

Recueillie à Vatomandry (province des Betsimisaraka-du-Sud).

 

Un jour, Rafosa et Rafanaloka partirent, dit-on, pour visiter Raondiana. Chemin faisant, Rafosa dit à son compagnon :

« Quand j’aurai mal aux dents, vous prendrez les feuilles de cet arbre que voici, car elles sont pour moi de véritables remèdes. »

Il mentait en parlant ainsi et se préparait simplement à tromper Fanaloka pour le moment du dîner.

Cinq fois il répéta la même recommandation à propos de cinq arbres différents.

Quand ils furent arrivés chez Raondiana, celui-ci leur donna une maison spéciale destinée aux visiteurs et qui était bien propre. Et Rafosa, qui était l’aîné, et Raondiana se firent toutes les formules du salut :

« Vous portez-vous bien ? dit Raondiana.

- Oui, répondit Fosa.

- Tout le monde va-t-il bien chez vous? Ici nous nous portons tous bien.

- Nous nous portons tous bien, le malheur n’est pas entré chez nous, mais nous venons vous rendre visite, car il y a longtemps que nous ne nous sommes pas vus.

- A la bonne heure, si vous vous portez tous bien. Puis¬ que vous venez me rendre visite, je vais baiser vos pieds.

- Jamais je ne le permettrai. »

Et la salutation fut terminée.

Or Roandiana et Rafosa étaient parents, mais Rafanaloka n'était que le domestique de Rafosa. Raondiana leur donna le faliana, qui consistait en poulets, canards et oies, avec du riz pour faire la soupe.

Rafanaloka fit cuire le tout; quand ce fut prêt, Rafosa, qui était fort gourmand, mit en œuvre les ruses qu’il avait préparées.

« Oh ! .que mes dents me font mal ! Si tu ne m’apportes pas les feuilles d’un des arbres que je t’ai montrés, je vais mourir ! »

Le bon Rafanaloka partit à la recherche des médicaments; aussitôt le fosa souleva le couvercle de la marmite et dévora gloutonnement toutes les viandes, puis il remit le couvercle; pour le riz, il n’y toucha pas.

Rafanaloka revint avec les feuilles et trouva Rafosa étendu sur le lit, tremblant de tous ses membres et faisant semblant d'être bien malade.

Quand il eut mâché les feuilles, il feignit d’être guéri.

L’autre alla vers la marmite et vit qu’elle était vide.

« Que sont devenues toutes les viandes ?

- Je ne sais pas, j’avais trop mal aux dents. »

Rafanaloka n’insista point, parce qu’il n'était qu’un domestique, il mangea la soupe de riz, et tous deux s’en retournèrent dans leur village.

Plus tard Rafosa voulut de nouveau rendre visite à Raondiana ; cette fois il prit comme cuisinier Ravoantsira.

En chemin il prépara les mêmes ruses que la fois précédente.

Les salutations faites et le faliana donné, Ravoantsira fit cuire les viandes. Quand tout fut prêt, Rafosa feignit d’être bien malade et envoya son cuisinier lui chercher des feuilles pour le guérir.

Mais l’autre, qui était très rusé, au fur et à mesure que Rafosa lui racontait ses histoires, avait mis dans sa poche quelques feuilles des arbres désignés.

11 ne resta donc dehors que quelques instants et rentra avec les médicaments au moment même où Rafosa, subitement guéri, mettait la patte dans la marmite.

Ravoantsira lui fit toute espèce de reproches et l’autre fut forcé de partager les viandes avec lui.

Comme il est très glouton, il n’eut pas suffisamment à manger, et, pendant la nuit, la faim le tenait éveillé. A minuit, ne pouvant plus y tenir, il sortit doucement et dans la cour dévora les poules, les canards et les oies des habitants du village.

Cependant Ravoantsira entendit que son maître sortait; aussitôt il se leva et se hâta de fermer la porte.

Quand Rafosa eut fini et voulut rentrer, il ne put ouvrir; il se morfondit jusqu’au jour à côté de la fenêtre, et les bords de sa gueule étaient tout couverts de plumes.

Quand le soleil se leva, Raondiana s’aperçut que son coq favori et plusieurs de ses poules avaient disparu; il chercha en vain le voleur, mais ne put le découvrir.

Alors il fit un grand feu au milieu du village et força tous ceux qui se trouvaient là de sauter par-dessus, de telle sorte que celui qui aurait le ventre alourdi par le grand coq et les poules tombât dedans.

Tout le monde sauta et fut sauvé, mais quand Rafosa essaya à son tour, il chut au milieu du feu et fut brûlé.

 

 Telle est la mort du méchant.

Contes de Madagascar

Charles RENEL

 

 

 

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