Conte: Rangalampona

Rangalampona
Conte Betsimisaraka
Recueilli à Mahela (province de Mananjary).
Deux époux s’en allèrent, dit-on, faire un tavy dans la montagne.
IIs s’établirent dans une hutte et la femme mit au monde deux enfants, dont l'ainé fut appelé Volanabo et le cadet Boamola.
Or, avant que le riz fût mur, n’ayant rien à manger, ils furent obligés un jour d’aller déterrer des oviala dans la forêt.
Le père, la mère et le fils aîné partirent ensemble, laissant le plus jeune à la garde de la case.
Dès qu’il fut seul, Rangalampona vint et s’adressa en ces termes à Iboamola :
« Dis donc, Iboamola, où sont tes parents ?
- Ils sont allés dans la forêt chercher des oviala.
- Et ton frère?
- 11 est parti avec eux.
- Et le chien
- Nous n’avons pas de chien.
- Tu es donc tout seul?
- Oui. tout seul. »
Alors Rangalampona pénétra dans la case et fouilla partout, cherchant quelque chose à manger; mais il ne découvrit rien et s’en alla.
Quelques instants après son départ, le père, la mère et le frère aîné arrivèrent avec une grosse provision d’oviala. On les fit cuire, et, après en avoir mangé une partie, on mit le reste en réserve sur le salazana (i).
Le lendemain ils partirent de nouveau; à peine venaient-ils de sortir que le méchant Rangalampona parut : il mangea tous les oviala que Boamola était chargé de garder, puis s’en fut.
Quand les parents du petit rentrèrent, ils grondèrent bien fort leur enfant.
« Pourquoi as-tu mangé tous les.oviala .' » dit sa mère.
Boamola baissait la tête et ne répondait rien ; pourtant ce n’était pas lui qui avait dévoré les provisions.
« Tu es un mauvais enfant ! poursuivit la mère. On ne peut pas avoir confiance en toi! Désormais nous t’emmènerons en forêt avec nous, et nous laisserons ton frère pour garder la maison! »
Boamola, pris de frayeur, se mit alors à pleurer.
« Pourquoi pleures-tu? Allons! Parle!
- Ce n’est pas moi qui ai mangé les oviala. C'est un animal très méchant, qui est entré dans la case, pendant que vous étiez partis.
- C'est bien ! dit la mère. Nous tâcherons donc de le prendre au piège. »
Ils confectionnèrent une sorte de mannequin, semblable à un enfant, qu’ils couvrirent de glu et placèrent près des oviala.
A l’heure ordinaire, Rangalampona survint, et, comme le mannequin ne lui répondait pas, il le saisit avec ses pattes qui se trouvèrent engluées.
Aussitôt les quatre habitants de la case se jetèrent sur lui et le tuèrent à coups de couteaux et d’angady.
i) Claie au-dessus du foyer, et servant de gardemanger.
Contes de Madagascar
Charles RENEL
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