Conte: Rasoazanakomby et sa mère

Publié le par Alain GYRE

 

Rasoazanakomby et sa mère

Conte Betsimisaraka

Recueilli à Ranomafana (province d’Andevoranto).

 

 

Le nom de Rasoazanakomby [la Belle-née- d’une-vache] vient de ce que la mère de cette jeune fille était moitié vache et moitié femme.

 Elle et sa mère n’habitaient pas dans le village, parce que la mère était un monstre anthropophage.

La fille était d’une beauté extraordinaire, elle n’avait pas sa pareille dans tout le pays, et de plus elle s’entendait admirablement à tenir un ménage : bref, c’était une femme accomplie

Quand un jeune homme venait demander sa main, elle répondait :

« Je veux bien me marier, mais personne ne consentira jamais à m’aimer ; car ma mère est moitié vache et moitié femme. Je bois dans le gobelet de ma mère; je mange avec sa cuiller. Es-tu homme àsupporter cela?»

Or aucun jeune homme ne consentait, et tous se retiraient, avec la tristesse dans le cœur.

Pourtant, à la fin, il s’en trouva un qui répondit :

 « Peu m’importe ! Pour t’avoir, je supporterai ta mère.

- Alors, dit la Belle, si tu veux de moi, j’accepte volontiers. »

Et le mariage s’accomplit.

Pendant la nuit, elle faisait loger son mari dans la cave, de peur que sa mère ne le vît. Celle-ci en effet ne restait pas à la maison pendant le jour, mais cherchait sa pâture et ne revenait qu’à la tombée de la nuit.

Elle sentit en rentrant la présence d'un homme et dit :

 « Mà, Rasoazanakomby, mâ, notre maison sent une odeur humaine! »

La fille répondit:

« Non, maman, il n’y a personne ici. »

Le riz servi, toutes deux mangèrent. Rasoazanakomby prit une partie de son manger pour le porter à son mari.

Un jour elle le pria de l’emmener dans un endroit éloigné.

Les deux époux partirent et Rasoazanakomby emporta les chènevis, les fisavika et les fandraotra qui se trouvaient à la maison.

 Après une longue marche, elle jeta les chènevis.

La mère, en rentrant le soir et en constatant la disparition de sa fille, se mit à sa poursuite, en flairant la piste.

Lorsqu’elle vit les chènevis jetés par Rasoazanakomby, elle les ramassa en maugréant:

« Que cette fille est sotte ! Elle a emporté mes chènevis ! »

Puis elle les rapporta à la maison et se remit à la poursuite des fugitifs.

Rasoazanakomby jeta encore les fisavika et lesfandraotra, que sa mère ramassa de même, si bien qu'elle n’atteignit sa fille qu’à la maison de son mari.

Elle s'y installa tranquillement et demeura auprès de Rasoa.

Plus tard le mari de Rasoa prit une deuxième femme.

Celle-ci détesta bientôt la mère de Rasoa à cause de ses richesses.

Voici la ruse qu’elle inventa pour la faire périr : elle feignit un jour d’être très malade, et à toutes les questions de son mari, elle répondait :

« Je veux manger la mère de Rasoa; si je ne la mange pas, certainement je mourrai. »

Le mari ne savait que faire ; il demanda à Rasoa et à sa mère ce qu’elles en pensaient :

« Nous sommes sous ton autorité, répondirent- elles, fais ce que tu voudras. »

On tua donc la mère de Rasoa; mais, avant sa mort, elle commanda à sa fille de ne pas toucher à sa chair et de ramasser tous ses os pour les apporter au tombeau des ancêtres et ne rien laisser d’elle en pays étranger. Ce qui fut exécuté scrupuleusement par Rasoa.

Voilà mon petit récit, voilà mon grand conte; si vous pouvez y répondre, il fera beau, sinon

il pleuvra.

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL

 

 

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