Conte: Zatovo Celui qui ne fut pas créé par le Zanahary - Jeanne de Longchamps
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Zatovo
Celui qui ne fut pas créé par le Zanahary
Ce que disent les Anciens,
Songe, mensonge
Ce n’est pas moi qui suis le menteur,
Moi je ne fais que répéter.
Zatovo n’avait pas été créé par le Zanahary (1). Il avait jailli de la terre comme une plante. Il avait des bœufs mais ces bœufs n’avaient pas été créés par le Zanahary. Ses brebis étaient grasses, mais elles ne mangeaient pas l’herbe faite par le Zanahary.
Zatovo n’avait qu’un œil, qu’une oreille, un seul bras et une seule jambe.
Il fit un grand feu et la fumée monta jusqu’au nez du Zanahary et l’incommoda.
- Que se passe-t-il donc sur la terre ? demanda le Zanahary.
Il envoya un messager auprès de Zatovo.
L’être descend sur la terre.
- Que se passe-t-il ici ? demanda-t-il, et qui es-tu ?
- Je n’ai pas été créé par le Zanahary, dit Zatovo, je suis sorti tout seul de la terre.
- Quel est ton nom ?
- Je m’appelle Zatovotsinatao-nandriananahary (1).
Le messager revint auprès du Zanahary et lui répéta les paroles qu’il venait d’entendre. Lorsqu’il entendit cela, le Zanahary, furieux, fit tomber sur la terre une pluie torrentielle pour tuer le feu. Cela fit les lacs et la mer. Mais Zatovo se construisit une haute montagne dans laquelle il creusa des grottes. Et tant que la pluie tomba, il se mit à l’abri, et ensuite il monta au sommet dev la montagne et il recommença à faire du feu. Et la fumée monta encore une fois jusqu’au nez du Zanahary.
- C’est vraiment extraordinaire, dit le Zanahary.
Et de nouveau il envoya son messager sur la terre.
- Qui es-tu donc, toi qui incommodes le Zanahary avec ta fumée ?
- Je te l’ai dit, je suis Zatovotsinatao-nandriananahary et je suis sorti de la terre comme une plante. le Zanahary ne m’a pas créé, il ne peut pas m’empêcher de faire du feu.
Lorsque le messager lui rapporta ces paroles, le Zanahary fut de plus plus étonné. Il dit à son messager :
- Conduisez auprès de lui cette vache et son enfant et demandez-lui laquelle des deux est la mère de l’autre.
Zatovo sépara les deux bêtes. La vache meugla et la génisse alla vers elle.
- Dites au Zanahary que celle qui meugle est la mère de l’autre.
Il dit cela en montrant la vache.
Le messager revint auprès du Zanahary. Il lui rapporta les paroles de Zatovo et le Zanahary fut de plus en plus surpris.
- Cet homme n’a pas été créé par moi et pourtant il connaît les choses de la vie. Portez-lui ce bâton et demandez-lui de vous dire quel est le haut et quel est le bas.
Zatovo ne fut pas surpris de la question. Il lança le bâton en l’air ; celui-ci fit deux ou trois moulinets et l’une de ses extrémités se ficha en terre.
- Dites au Zanahary que le bas du bâton est le bout sur lequel il y a de la terre.
Cette fois le Zanahary fut obligé de reconnaître que cet homme qu’il n’avait pas créé était très fort. Mais il jura d’avoir le dernier mot.
Il envoya sa fille puiser de l’eau à la source. C’était une fille d’une grande beauté.
Elle se pencha sur l’eau, mais lorsqu’elle vit son image, elle fut effrayée, car c’est l’image de Zatovo qui se reflétait dans l’eau. Il l’avait suivie et s’était caché derrière un rocher. Et c’est le reflet de Zatovo qu’elle voyait dans l’eau.
Elle fut très triste bet retourna encore une fois à la source pour revoir son image. Comme la première fois , elle vit dans l’eau le reflet de Zatovo et crut qu’elle n’avait qu’un œil, qu’une oreille, qu’un bras et qu’une jambe.
Et juste à ce moment Zatovo sortit de la pierre et il lui demanda de l’épouser.
Elle y consentit.
En apprenant cela, le Zanahary se mit dans une grande colère et tout se mit à trembler sur la terre.
Zatovo et sa femme durent se cacher pour échapper à sa vengeance.
Mais pendant ce temps, Zatovo ne fut plus aussi laid. Il lui poussa d’autres membres, un autre œil, et une autre oreille. De sorte qu’il eut deux yeux, deux oreilles, deux bras et deux jambes.
Lui et sa femme furent heureux pendant quelques temps.
Un jour, Zatovo modela dans la terre des objets en forme d’hommes.
Mais ils restaient là, sans bouger. Il leur offrait du manioc à manger, mais ils ne mangeaient pas. Il tua des bœufs, les découpa, et aussi des brebis, mais ils ne mangeaient pas. Il fit aussi d’autres objets en forme d’animaux.
Le Zanahary voulut voir lui-même ce que faisait Zatovo sur la terre et il se laissa glisser par la chaîne d’argent.
Il aperçut tous ces objets en terre et il dit à Zatovo :
- Pourquoi ne leur donnes-tu pas la vie ?
- Cela je ne sais pas le faire, dit Zatovo.
Le Zanahary fut très content de cette réponse.
Il souffla et les statues bougèrent, devinrent des hommes et des animaux. Parmi les hommes, les uns étaient très blancs, d’autres très noirs. Au bout de quelques temps ils dévorèrent tout ce qu’il y avait sur la terre, puis ils se battirent. Et le caïman semait la terreur partout où il passait.
Après une terrible famine, Zatovo se déclara vaincu par le Zanahary. Alors celui-ci envoya une pluie torrentielle mêlée à des grains de riz. Zatovo jeta dans la plaine les pierres de la montagne, établit des barrages et le riz poussa en abondance dans les rizières.
Cependant Zatovo et sa femme n’étaient pas satisfaits parce qu’ils n’avaient pas de descendants.
- C’est facile, dit le Zanahary, je vais te donner des enfants, mais tu continueras à ignorer la manière dont ils seront animés.
Il souffla et le ventre de la femme se mit à grossir et elle eut beaucoup d’enfants. Puis le Zanahary leur donna les ody (3) qui protègent contre tous les malheurs.
- C’est seulement dans les arbres sacrés que tu trouveras ces ody, dit le Zanahary. Cependant quand il me plaira, je reprendrai le souffle de vie.
- Et que me restera-t-il, à moi qui ai fait les corps, dit Zatovo.
- Cela est vrai, répondit le Zanahary. Alors tu conserveras le corps dans la terre d’où tu as jailli comme une plante et moi je reprendrai le souffle de vie.
Zatovo s’avoua vaincu encore une fois.
Mais c’est pour cette raison qu’on enterre les morts.
Notes :
- Zanahary, Dieu créateur.
- Zatovotsinatao-nandriananahary, Zatovo que Dieu n’a pas créé.
- ody, amulette.
Recueilli dans la région de Morondava
Cycle de contes particulièrement répandu dans l’Imerina
Jeanne de Longchamps
Contes Malgaches
Editions Erasme Paris