Légende: La légende d’Ambondrombe sous la royauté

Publié le par Alain GYRE

 

La légende d’Ambondrombe sous la royauté

«Rafotsibe maty andro nandroan-drano : tsy enina ny vodi-akoho aty, tsy enina ny vodi-akoho any Ambondrombe » (la vieille femme qui meurt le jour du Fandroana- jour férié- elle n’a plus droit au croupion du poulet ici, et elle rate celui du poulet à Ambondrombe).

Jadis, les Merina croient que l’esprit des morts s’envole vers Ambondrombe. L’origine de cette croyance remonterait à la conquête par Andrianampoinimerina du pays betsileo, couronnée par sa victoire.

D’après certains informateurs du R.P. Callet, cette légende est lancée par la monarchie pour renforcer la crainte du peuple à son égard. Légende qui raconte qu’à Ambondrombe, se retrouvent les esprits de tous les vivants à leur mort, qu’il s’agisse des souverains, membres de la famille royale, nobles, roturiers, esclaves, car toutes les infrastructures « sur terre » y ont leurs répliques dans la même position géographique (Rova, palais, habitations, pâturages…). Ainsi, dit-on, la caste des Mainty est installée à l’est du Rova, de même que le peuple du Vakinankaratra ; ceux de Marovatana, Ambodirano et Vonizongo sont établis à l’ouest du Rova, et Avaradrano au nord comme il se doit.

Mais pourquoi Ambondrombe et non une autre colline Ambondrombe est une haute montagne située au sud-est de Fianarantsoa, recouverte de forêts et elle est alors difficile d’accès sinon inaccessible. En outre, la peur empêche les gens de violer ce sanctuaire naturel où résideraient les esprits des morts de l’Imerina. Pourtant, la curiosité aidant, ils essaient d’apercevoir de loin, entre les arbres, ce pays « réel ». Et ceux qui ont la chance de le voir, s’émerveillent en parlant de sa magnificence, des belles habitations, des milliers de bœufs gras et de moutons ainsi que des nombreux bouviers et pasteurs qui les gardent. Ces gens curieux entendent la fanfare militaire et peuvent voir les soldats, entendre des coups de fusils et de canons, des bruits de bottes…

« Tout cela s’entend et se voit dans la journée. Quand la nuit tombe, des feux s’allument partout dans la cité, mais disparaissent dès qu’on s’approche d’un peu trop près. »

Dans ce pays d’esprits, il est formellement interdit de toucher aux arbres car la coupe, même d’une simple tige, entraîne la maladie sinon la mort.

Un autre informateur du père Callet indique que par quatre fois, les troupes de conquête de Ranavalona Ire campent dans les environs de la « montagne des esprits». « Quand Ambondrombe voit les soldats camper, il les accueille en tirant des coups de canon et de fusils. En même temps, on entend la fanfare militaire. L’armée de la reine est alors ébahie. » Les chefs des troupes envoient des émissaires pour y jeter un coup d’œil. À leur retour, ils affirment avoir vu des soldats et leurs chefs en tenue d’apparat avec, au milieu, un souverain abrité sous son parapluie rouge, couleur royale, acclamé par toute une foule accompagnée de grosses caisses. Et quand ils s’en approchent, tout disparaît.

Impressionnés, ils demandent aux villageois voisins qui sont ces gens de la cité enfouie dans la forêt. Leur réponse est la même : « Ces gens de la forêt sont habités par l’esprit des morts et quand on s’en approche, ils deviennent invisibles. » Lorsqu’un roi tourne le dos, le son des grosses caisses, les acclamations et la musique deviennent vraiment assourdissants. Enfin, dernier renseignement donné par les villageois, « au beau milieu de la forêt, se trouve un vaste espace déboisé avec un grand pâturage ».

Un jour, c’est au tour du XII honneurs Rafaralahimanisa qui, à la tête de troupes royales, se dirige vers Vangaindrano, de s’arrêter au campement habituel. Comme toujours, la montagne les accueille bruyamment. Il y a alors échanges de coups de canon. D’après les villageois accoutumés à ce rituel, « Ambondrombe est content parce que la reine va étendre son royaume. Dans ce cas, il vous faut sacrifier un bœuf volavita sur la pierre sacrée installée sur la grande place à l’ouest d’Ambondrombe». Sacrifice qui consiste à égorger l’animal et à l’abandonner sur place. Les villageois ajoutent que ce sacrifice n’est pas nécessaire si Ambon­drombe ne manifeste pas sa joie.

Rafaralahimanisa poursuit son chemin et conquiert Vangaindrano, ramène 16 000 esclaves et de nombreux butins. Au retour, en s’arrêtant de nouveau au campement d’Ambondrombe, il remercie celui-ci en rendant hommage par des coups de canon et par un sacrifice de « ombivolavita ».

D’autres légendes sont également narrées sur Ambovombe, concernant l’esprit de vivants appelé par leurs proches morts et résidant à Ambovombe. En général, après un bref séjour, ils le raccompagnent à la grande porte d’entrée et de sortie. Enfin, il y aussi celle sur la grande dispute entre Radama Ier et Ranavalona Ire, qui provoque un grand tumulte dans la forêt des esprits. Mais c’est une autre histoire.

Pela Ravalitera

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Publié dans Histoire, Légendes, Contes

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